« Le régime démographique d'ancien régime : l'homéostasie » : différence entre les versions

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== La faim ==
== La faim ==
On a cru jusqu’aux années 1960 que le principal facteur de mortalité au Moyen-âge était la faim. Or, il faut faire une distinction entre disette et famine : la disette est très fréquente à l’époque. Par exemple à Florence, entre 1375 et 1791, la ville connaît en moyenne une disette tous les quatre ans. Une période de disette est très commune au Moyen-âge ayant lieu lorsque la récolte d'une année a été consommée, mais qu’il faut garder des grains pour les ressemer l’année prochaine. Ainsi, une partie des récoltes doit être conservée pour les replanter l’année suivante. Il y a disette quand la production est insuffisante, mais qu'il est obligé de mettre de côté une certaine quantité pour pouvoir ressemer la saison suivante.
Jusqu'aux années 1960, la vision prédominante était que la faim constituait le principal facteur de mortalité au Moyen Âge. Cependant, cette perspective a évolué avec la reconnaissance de la nécessité de distinguer la disette de la famine. Si la famine était un événement catastrophique avec des conséquences mortelles massives, la disette était plutôt une occurrence courante dans la vie médiévale, marquée par des périodes de pénurie alimentaire plus modérées mais fréquentes. Dans des villes comme Florence, le cycle agricole était ponctué de périodes de disette presque rythmiques, avec des épisodes de pénurie alimentaire survenant environ tous les quatre ans. Ces épisodes étaient liés aux fluctuations de la production agricole et à la gestion des ressources céréalières. À la fin de chaque saison de récolte, la population se retrouvait devant un dilemme : consommer la production de l'année pour satisfaire les besoins immédiats ou en conserver une part pour ensemencer les champs pour la prochaine saison. Une année de disette pouvait survenir lorsque les récoltes étaient simplement suffisantes pour subvenir aux besoins immédiats de la population, sans pour autant permettre un excédent pour les réserves ou les semences futures. Cette situation précaire était exacerbée par le fait qu'il était impératif de réserver une portion des grains pour les semailles. L'insuffisance de la production signifiait alors que la population devait endurer une période de restrictions alimentaires, avec des rations diminuées jusqu'à la prochaine récolte, en espérant que celle-ci soit plus abondante. Ces périodes de disette ne menaient pas systématiquement à une mortalité de masse comme c'était le cas lors des famines, mais elles avaient néanmoins un impact considérable sur la santé et la longévité de la population. La malnutrition chronique affaiblissait la résistance aux maladies et pouvait augmenter indirectement la mortalité, en particulier chez les individus les plus vulnérables comme les enfants et les personnes âgées. Ainsi, la disette jouait son rôle dans le fragile équilibre démographique du Moyen Âge, façonnant subtilement la structure de la population médiévale.


On parle de famine quand les gens meurent réellement de faim. Elles sont dues à de très mauvaises récoltes elles-mêmes dues à des accidents climatiques majeurs. Par exemple, vers 1696, un volcan islandais{{Lequel}}<ref>https://books.google.co.uk/books?id=xBzt3XNBlakC&lpg=PA247&ots=XaXyb7hwJJ&dq=volcano%20iceland%20%221696%22&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q=volcano%20iceland%20%221696%22&f=false</ref><ref>Il nous faudrait savoir de quel volcan parle-t-on... une piste ici --> http://www.ultimatehistoryproject.com/the-eruption-of-laki.html</ref> entre en éruption et reproduit un mini âge glacier sur l’Europe durant quelques années. De ce fait, les productions sont considérablement amoindries et causent des famines sur tout le continent. En Finlande, 30% de la population meurt à cause de ce des mauvaises récoltes. Pour revenir à Florence, il y a eu une famine tous les 40 ans, alors que souffrir de la faim arrive tous les 4 ans. Donc, la faim est présente en permanence, mais mourir de faim massivement est relativement rare par rapport aux dires des historiens des années 1960. La famine n’est donc pas la raison principale de la mortalité.
La distinction entre famine et disette est cruciale pour comprendre les conditions de vie et les facteurs de mortalité au Moyen Âge. Alors que la disette se réfère à des périodes de pénurie alimentaire récurrentes et gérables jusqu'à un certain point, la famine désigne des crises alimentaires aiguës où les individus meurent effectivement de faim, souvent en résultat de récoltes dramatiquement insuffisantes causées par des catastrophes climatiques. Un exemple frappant est l'éruption d'un volcan islandais aux alentours de 1696, qui a déclenché un refroidissement climatique temporaire en Europe, parfois décrit comme un "mini âge glaciaire". Cet événement extrême a provoqué une réduction drastique des rendements agricoles, plongeant le continent dans des famines dévastatrices. En Finlande, cette période a été si tragique que près de 30% de la population a péri, soulignant l'extrême vulnérabilité des sociétés préindustrielles face aux aléas climatiques. À Florence, l'histoire démontre que bien que la disette était un visiteur régulier, avec des périodes difficiles tous les quatre ans environ, la famine était un fléau beaucoup plus sporadique, survenant tous les quarante ans en moyenne. Cette différence met en lumière une réalité importante : bien que la faim soit une compagne presque constante pour de nombreuses personnes à l'époque, la mort massive due à la famine était relativement rare. Ainsi, contrairement aux perceptions antérieures largement répandues jusqu'aux années 1960, la famine n'était pas la cause principale de la mortalité à l'époque médiévale. Les historiens ont révisé cette conception en reconnaissant que d'autres facteurs, tels que les épidémies et les conditions sanitaires précaires, jouaient un rôle beaucoup plus significatif dans la mortalité de masse. Cette compréhension nuancée aide à peindre un tableau plus précis de la vie et des défis auxquels étaient confrontées les populations du Moyen Âge.


== Les guerres ==
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= Annexes =
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*Carbonnier-Burkard Marianne. Les manuels réformés de préparation à la mort. In: Revue de l'histoire des religions, tome 217 n°3, 2000. La prière dans le christianisme moderne. pp. 363-380. url :/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_2000_num_217_3_103
*Carbonnier-Burkard Marianne. Les manuels réformés de préparation à la mort. In: Revue de l'histoire des religions, tome 217 n°3, 2000. La prière dans le christianisme moderne. pp. 363-380. url :/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_2000_num_217_3_103
*{{Lequel}}<ref>https://books.google.co.uk/books?id=xBzt3XNBlakC&lpg=PA247&ots=XaXyb7hwJJ&dq=volcano%20iceland%20%221696%22&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q=volcano%20iceland%20%221696%22&f=false</ref><ref>Il nous faudrait savoir de quel volcan parle-t-on... une piste ici --> http://www.ultimatehistoryproject.com/the-eruption-of-laki.html</ref>


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Version du 6 novembre 2023 à 12:53

Basé sur un cours de Michel Oris[1][2][3]

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Évolution démographique europe ancien régime.png

Entre le 15e et le 18e siècle, l'Europe préindustrielle a été le théâtre d'un équilibre démographique fascinant, désigné par le terme d'homéostasie démographique. Cette période historique, riche en transformations, a vu les sociétés et les économies se développer sur le fond d'un régime démographique où la croissance de la population était soigneusement contrebalancée par des forces régulatrices telles que les épidémies, les conflits armés et les famines. Cette autorégulation naturelle et démographique s'est avérée être un moteur de stabilité, orchestrant un développement économique et social mesuré et durable.

Ce délicat équilibre démographique a non seulement favorisé une croissance modérée et soutenable de la population européenne, mais a également jeté les bases d'un progrès économique et social cohérent. Grâce à ce phénomène d'homéostasie, l'Europe a réussi à éviter les bouleversements démographiques extrêmes, ce qui a permis à ses économies et sociétés préindustrielles de s'épanouir dans un cadre de changements graduels et maîtrisés.

Dans cet , nous examinerons de plus près les dynamiques de ce régime démographique ancien et son influence cruciale sur le tissu des économies et des communautés européennes avant l'avènement de l'industrialisation, en mettant en lumière comment ce fragile équilibre a facilité une transition ordonnée vers des structures économiques et sociales plus complexes.

Les crises de mortalité de l’ancien régime

Durant l’Ancien Régime, l'Europe a été confrontée à des crises de mortalité fréquentes et dévastatrices, souvent décrites à travers la métaphore des quatre cavaliers de l’Apocalypse. Chacun de ces cavaliers représentait l’une des grandes calamités qui frappaient la société et contribuaient à un taux de mortalité élevé.

La famine, résultant de récoltes médiocres, de conditions climatiques extrêmes ou de perturbations économiques, était un fléau récurrent. Elle affaiblissait la population, réduisait sa résilience face aux maladies et entraînait une augmentation dramatique de la mortalité parmi les plus démunis. Les périodes de disette étaient souvent suivies ou accompagnées par des épidémies qui, dans un contexte de faiblesse généralisée, trouvaient un terrain propice à leur propagation. Les guerres constituaient une autre source de mortalité importante. Au-delà des morts sur les champs de bataille, les conflits avaient des effets délétères sur la production agricole et les infrastructures, engendrant ainsi une détérioration des conditions de vie et une augmentation des décès indirectement liés aux guerres. Les épidémies, quant à elles, étaient peut-être les plus impitoyables des cavaliers. Des maladies telles que la peste ou le choléra frappaient sans distinction, anéantissant parfois des quartiers entiers ou des villages. L'absence de traitements efficaces et le manque de connaissances médicales aggravaient leur impact mortel. Enfin, le cavalier représentant la mort incarnait l'issue fatale de ces trois fléaux, mais aussi la mortalité quotidienne due au vieillissement, aux accidents et à d'autres causes naturelles ou violentes. Ces crises de mortalité, à travers leurs conséquences directes et indirectes, régulaient la démographie européenne, en maintenant la population à un niveau que les ressources de l'époque pouvaient soutenir.

L'impact de ces cavaliers sur la société de l’Ancien Régime était immense, façonnant de manière indélébile les structures démographiques, économiques et sociales de l'époque et laissant une empreinte profonde dans l'histoire européenne.

La faim

Jusqu'aux années 1960, la vision prédominante était que la faim constituait le principal facteur de mortalité au Moyen Âge. Cependant, cette perspective a évolué avec la reconnaissance de la nécessité de distinguer la disette de la famine. Si la famine était un événement catastrophique avec des conséquences mortelles massives, la disette était plutôt une occurrence courante dans la vie médiévale, marquée par des périodes de pénurie alimentaire plus modérées mais fréquentes. Dans des villes comme Florence, le cycle agricole était ponctué de périodes de disette presque rythmiques, avec des épisodes de pénurie alimentaire survenant environ tous les quatre ans. Ces épisodes étaient liés aux fluctuations de la production agricole et à la gestion des ressources céréalières. À la fin de chaque saison de récolte, la population se retrouvait devant un dilemme : consommer la production de l'année pour satisfaire les besoins immédiats ou en conserver une part pour ensemencer les champs pour la prochaine saison. Une année de disette pouvait survenir lorsque les récoltes étaient simplement suffisantes pour subvenir aux besoins immédiats de la population, sans pour autant permettre un excédent pour les réserves ou les semences futures. Cette situation précaire était exacerbée par le fait qu'il était impératif de réserver une portion des grains pour les semailles. L'insuffisance de la production signifiait alors que la population devait endurer une période de restrictions alimentaires, avec des rations diminuées jusqu'à la prochaine récolte, en espérant que celle-ci soit plus abondante. Ces périodes de disette ne menaient pas systématiquement à une mortalité de masse comme c'était le cas lors des famines, mais elles avaient néanmoins un impact considérable sur la santé et la longévité de la population. La malnutrition chronique affaiblissait la résistance aux maladies et pouvait augmenter indirectement la mortalité, en particulier chez les individus les plus vulnérables comme les enfants et les personnes âgées. Ainsi, la disette jouait son rôle dans le fragile équilibre démographique du Moyen Âge, façonnant subtilement la structure de la population médiévale.

La distinction entre famine et disette est cruciale pour comprendre les conditions de vie et les facteurs de mortalité au Moyen Âge. Alors que la disette se réfère à des périodes de pénurie alimentaire récurrentes et gérables jusqu'à un certain point, la famine désigne des crises alimentaires aiguës où les individus meurent effectivement de faim, souvent en résultat de récoltes dramatiquement insuffisantes causées par des catastrophes climatiques. Un exemple frappant est l'éruption d'un volcan islandais aux alentours de 1696, qui a déclenché un refroidissement climatique temporaire en Europe, parfois décrit comme un "mini âge glaciaire". Cet événement extrême a provoqué une réduction drastique des rendements agricoles, plongeant le continent dans des famines dévastatrices. En Finlande, cette période a été si tragique que près de 30% de la population a péri, soulignant l'extrême vulnérabilité des sociétés préindustrielles face aux aléas climatiques. À Florence, l'histoire démontre que bien que la disette était un visiteur régulier, avec des périodes difficiles tous les quatre ans environ, la famine était un fléau beaucoup plus sporadique, survenant tous les quarante ans en moyenne. Cette différence met en lumière une réalité importante : bien que la faim soit une compagne presque constante pour de nombreuses personnes à l'époque, la mort massive due à la famine était relativement rare. Ainsi, contrairement aux perceptions antérieures largement répandues jusqu'aux années 1960, la famine n'était pas la cause principale de la mortalité à l'époque médiévale. Les historiens ont révisé cette conception en reconnaissant que d'autres facteurs, tels que les épidémies et les conditions sanitaires précaires, jouaient un rôle beaucoup plus significatif dans la mortalité de masse. Cette compréhension nuancée aide à peindre un tableau plus précis de la vie et des défis auxquels étaient confrontées les populations du Moyen Âge.

Les guerres

Les actions de guerres en europe 1320 - 1750.png

À cette époque, la guerre est une constante. Toutefois, il y a une évolution dans la nature des conflits. Dans les années 1300, il s'agissait principalement de petits conflits entre les seigneurs. Cependant, avec l'apparition des États-nations, les conflits deviennent de plus en plus importants et destructeurs. Le principal problème n'est pas la mortalité causée par les combats, mais plutôt le manque d'intendance des armées. Pour se nourrir, ces dernières pillent les campagnes environnantes, causant des pertes importantes pour les populations civiles qui n'ont plus de quoi s'alimenter.

De plus, les armées sont des vecteurs de maladies. En traversant différentes régions, elles propagent des épidémies. Par exemple, lorsque les Mongols ont assiégé la ville de Caffa, un comptoir génois en Mer Noire, ils étaient atteints de la peste. Lorsqu'ils ont levé le siège, ils ont contaminé les populations génoises de la ville. Des génois infectés sont retournés à Gênes, qui était une plaque tournante de l'économie mondiale, et la peste s'est rapidement répandue dans toute l'Europe.

Les épidémies

Nombre de lieux touchés par la peste dans le nord-ouest de l'Europe 1347 - 1800.png

Les organismes sont fragilisés par la faim et sont peu aptes à résister aux infections. La mort est tellement présente que l’on ne documente que les épidémies les plus terribles, comme la peste au XVIème siècle et XVIIème siècle. Elle est présente durant tout le Moyen-âge jusqu’au XVIIIème siècle. La peste est transmise par les rats qui étaient très présents à l’époque, mais elle est aussi transmise par les armées et les marchands qui sont infectés et qui se déplacent beaucoup.

La peste noire a tué le 1/3 des Européens en 10 ans (1348-1351). Peste : maladie de la peau transportée par les rats. Les conditions d’hygiène, déplorables, facilitent la propagation. Peste bubonique : apparition de bubons, mort lente et douloureuse. Taux de contagion élevé ce qui mène à la terreur (ainsi que l’apparence, les cris de douleurs des malades…). La peste disparait, tous les gens fragiles sont morts (principe darwinien un peu macabre), tandis que les plus résistants ont développé des anticorps ce qui fait que la maladie disparaît, mais réapparaît une fois que la génération qui a développé une immunité soit morte. Elle fait un retour en force au XVIIe siècle. L’Europe n’est pas le seul continent atteint. Le virus mute en une version plus meurtrière. Démographie De l’ancien régime : XVIIe siècle en France = 44 millions de décès donc 7 à 8% dus à la peste (« que » 3 millions). La peste a donc causé une « surmortalité ». Les baptêmes étaient à peine plus nombreux que les sépultures, 90% de l’excédent de naissances sur les décès est englouti par la peste. La population reste stable et stagnante,

La peste tue plus les gens mobiles et les gens qui ont du contact, donc une maladie de jeunes adultes. Ces jeunes adultes n’ayant pas fait de gosses, ils sont considérés comme étant « naissances perdues » (enfants que les gens qui sont morts n’ont pas eus). On retrouve le même phénomène sur la pyramide des âges en France après 14-18 : il y a une génération sacrifiée (morte durant la guerre), puis une génération de « naissances perdues », soit les enfants que les morts au front en 14-18 n’ont pas eus.

Une fois que les « faibles » sont morts restent les « forts », la mortalité diminue donc puisqu’ils sont plus résistants. Mais ceux-ci deviennent fragiles à leur tour, et la mortalité augmente à nouveau. La courbe de la mortalité est donc hachurée : elle monte puis descend.

La peste a donc effacé l’excédant des naissances sur les décès. La population de la France ne peut donc pas s’accroitre et il y a un blocage démographique, les naissances en plus par rapport au décès étant effacées par la maladie. Aujourd’hui, on sait que les épidémies étaient le premier facteur de mortalité au Moyen-âge.

L’homéostasie grâce au contrôle de la croissance démographique

Le concept d’homéostasie

L'homéostasie (du grec ὅμοιος, hómoios, «similaire», et στάσις (ἡ), stásis, «stabilité, action de se tenir debout») est un concept qui désigne un équilibre dynamique entre la population et son environnement. Cela signifie que, même en cas de crise, l'équilibre est toujours rétabli. Les personnes de l'ancien régime avaient peu de possibilités de changer leur environnement, mais les paysans ont rapidement compris le principe de l'homéostasie.

Il y a une action sur la démographie, même en l'absence de connaissances en matière de médecine moderne. L'équilibre de l'homéostasie se fait entre la population (les bouches à nourrir) et les ressources (la nourriture). La notion de dynamisme implique que le système homéostatique peut bouger, mais qu'il revient toujours à l'équilibre, encaisse les chocs et se stabilise. Cela correspond aux écosystèmes en situation d'homéostasie, comme un incendie qui détruit une forêt, suivi par sa régénération. L'assolement biennal et triennal est un exemple de savoir homéostatique que possédaient les paysans du Moyen Âge. Cependant, avant la révolution industrielle, il n'était pas possible de jouer sur les ressources en augmentant les récoltes. Il fallait donc agir sur la population. La population stagnait comme les animaux. La mort sélectionnait la population : les individus les plus faibles disparaissaient, ne restant que les plus résistants. Avec le temps, ceux qui étaient résistants devenaient faibles et disparaissaient, laissant place aux nouveaux résistants. C'est ainsi qu'a été mis en place le système européen de mariage tardif et de célibat définitif.

Micro et macro-stabilité de long terme

Jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il n’y a pas la sécurité d’existence. Les gens du Moyen-âge n’avaient aucun moyen de savoir pourquoi ils subissaient la mort, ils n’y pouvaient rien. Les gens se sentent impuissants. D’ailleurs on a longtemps cru que les petites gens n’avaient pas d’autres options que de prier Dieu et de totalement subir la mort. Or on a découvert que les paysans tentaient de diminuer le caractère meurtrier des crises de mortalité.

Les régulations sociales : le système européen du mariage tardif et du célibat définitif

La mise en place : XVIème siècle – XVIIIème siècle

Les paysans régulaient la croissance démographique en régulant l'accès au mariage. Cela s'appelle le système européen du mariage tardif et du célibat définitif. Au XVIe siècle, entre 10% et 15% des femmes ne se mariaient pas. De plus, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, les femmes se mariaient de plus en plus tard. On constate que les femmes se mariaient au XVIe siècle entre 19 et 20 ans, et au XVIIIe siècle vers 25 et 26 ans. On pense que les paysans, lorsqu'ils sont devenus libres, ont cherché à avoir peu d'enfants pour ne pas diviser leurs terres entre trop d'héritiers et finir par les perdre.

La ligne Saint Petersburg – Trieste

Ligne saint petersburg trieste.png

Ce système se développe à l’Ouest, et suit une ligne de Saint Petersburg à Trieste. À l’Est, on reste sur un système universel de mariage, car les paysans de l’Est sont dans un système de servage et n’ont rien à transmettre à leurs enfants.

Les effets démographiques

La fertilité s’étend entre 15 et 49 ans. Avec des mariages qui sont passés de 20 à 25 ans, cela enlève cinq des années les plus fertiles chez une femme, ce qui équivaut à 2/3 enfants par femme, ce qui réduit la pression démographique.

Mariage tardif et célibat définitif

Quand on compte les femmes qui ne sont pas encore mariées, les veuves et les célibataires, 50% des femmes n’étaient pas mariées et ne pouvaient donc pas avoir d’enfants. Cela réduit le nombre d’enfants par femme d’une manière très forte (réduction de 30% de la fécondité). Pour un équilibre entre population et environnement, sans pouvoir trop agir sur l’environnement, on agit sur les naissances. On explique le fait que les femmes n’aient pas d’enfants quand elles ne sont pas mariées par les règles que valorise la religion catholique, qui défend la chasteté et donc encourage le mariage tardif et défend les relations extraconjugales. On ne compte que 2% à 3% de naissances illégitimes.

À l’époque, on a aussi l’idée que mariage égal ménage. Donc, il faut une niche, c’est-à-dire un endroit ou vivre, le plus souvent les fermes, une fois qu’un couple s’est marié. À l’époque, on ne construit pas de nouvelles fermes, et donc un couple doit attendre qu’une ferme se libère avant de pouvoir se marier et s’y installer, ce qui encourage le mariage tardif.

Il y a aussi le facteur des parents. Les parents veulent que les enfants restent à la maison pour s’occuper d’eux. Le célibat définitif est souvent le résultat du sacrifice d’un enfant d’une fratrie, toujours une fille, qui accepte de rester aux côtés de leurs parents pour s’en occuper.

On revient toujours à une stabilité avec l’homéostasie. S’il y a une crise de mortalité, les niches se libèrent plus tôt, et donc une génération se marie plus jeune, et ont donc une fécondité plus grande, il y a plus d’enfants pour combler la perte démographique liée a la crise de mortalité.

Nuances dans le système européen : les trois Suisses

Pour prendre l’exemple de la Suisse, il y a plusieurs lois en vigueur selon les régions :

  • au centre, les règles sur le mariage sont très strictes, et les pauvres ne peuvent se marier. La transmission de la terre se fait uniquement à un fils (l’ainé, transmission inégalitaire). Il y a donc une émigration des autres enfants qui n’ont hérité de rien.
  • dans le Valais, il n’y a pas de loi sur le mariage, et il y a une succession égalitaire, s’il y a 3 fils et 1 fille, les 3 fils héritent et dédommagent la sœur qui n’a pas le droit d’être propriétaire. Souvent, les frères se mettent d’accord pour laisser la terre à un seul des enfants, les autres émigrent.
  • en Suisse italienne, il y a une mobilité masculine massive, les hommes sont absents durant plusieurs mois voir années, ce qui déséquilibre le marché matrimonial, et donc limite les naissances (les femmes ne peuvent se permettre d’être infidèles, car tout le monde se rend compte si elles tombent enceintes quand le mari n’est pas là).

Un retour sur la mort omniprésente

Une famille complète est une famille où le couple reste ensemble du mariage jusqu'à la fin de la fécondité de la femme aux alentours de 50ans. À ce moment, il y a en théorie sept enfants par femme, mais beaucoup de familles sont affectées par la mort notamment par la mort du mari ou de la femme avant ses 50 ans. Avec ces ruptures, on arrive à 4/5 enfants par famille.

De plus, entre 20% et 30% des enfants meurent avant qu’ils aient un an, et seulement la moitié des enfants qui sont mis au monde survivent plus que 15 ans. Ainsi, le couple de 2 est remplacé par 2 à 2,5 naissances, le couple arrive donc à peine à se remplacer lui-même, il y a une stagnation de la population. Avec l'idée d’insécurité d'existence, il y a d’un côté des sociétés qui trouvent des solutions pour stabiliser les populations (homéostasie) et en même temps il y a l’habitude de la mort. Le terme caveau vient du fait que l’on enterrait les membres de la famille dans la cave, dû au manque de place. Au XVIIIème siècle, quand on a voulu vider Paris de ses cimetières intramuros, on a déterré plus de 1,6 million de morts. Les gens de l’époque acceptaient la mort.

On trouve d’ailleurs des manuels sur comment bien mourir, mourir en bon chrétien, pour être prêt a mourir à tout moment. On consolait d’ailleurs les condamnés à mort en leur disant qu’ils avaient la chance de savoir quand ils allaient mourir et pouvaient donc se préparer.

Annexes

  • Carbonnier-Burkard Marianne. Les manuels réformés de préparation à la mort. In: Revue de l'histoire des religions, tome 217 n°3, 2000. La prière dans le christianisme moderne. pp. 363-380. url :/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_2000_num_217_3_103
  • [Lequel ?][4][5]

Références