« L’apogée du nationalisme ethnique : 1933 – 1947 » : différence entre les versions
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= Du nationalisme agressif au nouvel ordre racial = | = Du nationalisme agressif au nouvel ordre racial = | ||
La trajectoire politique et militaire de l’Allemagne nazie illustre de manière exemplaire le passage d’un nationalisme radical — centré sur la restauration de la puissance et de l’unité nationales — à un projet idéologique bien plus ambitieux : la construction d’un ordre racial continental. Dans un premier temps, Hitler mobilise un discours ancré dans la logique wilsonienne de l’autodétermination, affirmant vouloir « protéger » ou « rapatrier » les populations germanophones vivant au-delà des frontières du Reich. Cette rhétorique trouve un large écho dans une société allemande marquée par la défaite de 1918, le ressentiment vis-à-vis du traité de Versailles et la crise économique mondiale. | |||
Toutefois, à mesure que la puissance militaire et l’influence diplomatique du Reich se renforcent, ce nationalisme revendicatif se transforme en un programme d’expansion impériale fondé sur la hiérarchisation raciale. L’objectif n’est plus seulement de recomposer les frontières pour réunir un « peuple » dans un État-nation homogène, mais de remodeler l’Europe entière selon une vision où la souveraineté nationale est subordonnée à la domination biologique d’une prétendue « race supérieure ». Ce glissement idéologique marque une rupture profonde avec le nationalisme classique, en abolissant la finalité politique de l’État-nation au profit d’un projet hégémonique visant à restructurer l’ordre européen sur des bases raciales. | |||
C’est cette transition — du nationalisme agressif à l’édification d’un nouvel ordre racial — que l’on peut observer à travers la succession d’initiatives diplomatiques, de coups de force territoriaux et de mesures de réorganisation démographique mises en œuvre par le régime nazi entre 1933 et 1939, prélude à la guerre totale et à la radicalisation exterminatrice des années suivantes. | |||
== L’exemple de l’Allemagne nazie == | == L’exemple de l’Allemagne nazie == | ||
La consolidation du pouvoir hitlérien s’accompagne très tôt d’une stratégie méthodique visant à attiser le sentiment nationaliste offensif et à légitimer l’expansion territoriale. Cette orientation repose sur un double registre : d’un côté, une rhétorique de protection et de réunification des populations germanophones dispersées au-delà des frontières du Reich ; de l’autre, une mise en scène politique et diplomatique destinée à tester, puis repousser progressivement, les limites imposées par l’ordre international issu de 1919. | |||
Hitler | Dans ce cadre, Hitler recourt habilement au principe d’autodétermination formulé par le président Wilson après la Première Guerre mondiale. Il présente l’Allemagne comme le défenseur naturel des « communautés nationales » germanophones vivant sous domination étrangère, en affirmant vouloir corriger les « injustices » héritées du traité de Versailles. Ce discours, en apparence conforme aux idéaux wilsoniens, masque cependant une logique de puissance où l’intégration de ces populations n’est qu’une première étape d’un projet expansionniste plus vaste. | ||
[[Fichier:Les étapes de la politique étrangère sous Hitler.png|400px|vignette|centré|Les étapes de la politique étrangère sous Hitler]] | La stratégie hitlérienne est donc celle d’un « grignotage » territorial progressif : multiplier les revendications limitées, susceptibles d’apparaître légitimes aux yeux de l’opinion internationale, tout en renforçant la position militaire et diplomatique du Reich. Chaque succès, qu’il s’agisse du retrait de clauses contraignantes du traité ou de l’annexion de territoires germanophones, renforce la crédibilité interne du régime et son autorité externe, ouvrant la voie à des ambitions toujours plus larges. Ainsi, sous couvert de restaurer l’unité nationale, Hitler prépare en réalité la transition vers un ordre impérial et racial qui ne se limitera plus à la seule question des minorités allemandes.[[Fichier:Les étapes de la politique étrangère sous Hitler.png|400px|vignette|centré|Les étapes de la politique étrangère sous Hitler]]'''Janvier 1933 – Prise du pouvoir et démantèlement de la République''' | ||
En janvier 1933, la nomination d’Adolf Hitler à la chancellerie marque le début d’une transformation radicale du régime politique allemand. La République de Weimar, déjà fragilisée par l’instabilité politique et la crise économique, est rapidement vidée de ses mécanismes démocratiques. En quelques mois, par une combinaison de manœuvres légales, de violence politique et de propagande, le pouvoir se centralise entre les mains du Führer. Ce basculement crée le cadre institutionnel nécessaire à une politique étrangère agressive, libérée des contraintes parlementaires. | |||
'''Octobre 1933 – Rupture avec la Société des Nations''' | |||
Dès la fin de l’année 1933, l’Allemagne affirme sa volonté de rompre avec les structures multilatérales issues de l’après-1919. Le retrait de la Société des Nations n’est pas seulement un geste symbolique : il signifie le rejet des mécanismes de contrôle international et ouvre la voie à une diplomatie unilatérale, fondée sur le rapport de force. Cette décision met également à l’épreuve la capacité des démocraties occidentales à réagir ; leur absence de réponse ferme conforte Hitler dans sa stratégie. | |||
'''Mars 1935 – Réarmement et violation ouverte du traité de Versailles''' | |||
En 1935, le | |||
En mars 1935, le Reich franchit une nouvelle étape en rétablissant le service militaire obligatoire et en lançant un programme massif de réarmement. Cette initiative constitue une violation frontale des clauses militaires du traité de Versailles. Par ce geste, Hitler envoie un double message : à l’intérieur, il réaffirme sa volonté de restaurer la puissance militaire allemande ; à l’extérieur, il teste la détermination des puissances signataires du traité, qui se contentent de protestations diplomatiques, renforçant ainsi sa perception que la voie de la révision unilatérale est ouverte. | |||
'''Mars 1936 – Remilitarisation de la Rhénanie''' | |||
La remilitarisation de la Rhénanie, en mars 1936, est un acte calculé. Bien que le traité de Versailles — et le pacte de Locarno de 1925 — interdise toute présence militaire allemande dans cette zone stratégique, Hitler ordonne le déploiement de troupes dans la région. Cette opération, menée avec des forces encore limitées, constitue un pari : si la France ou le Royaume-Uni réagissent militairement, l’Allemagne devra reculer ; mais l’absence d’intervention valide la stratégie du fait accompli. Aux yeux de l’opinion publique allemande, l’événement apparaît comme la récupération légitime d’un territoire national, renforçant la popularité du régime. | |||
En 1936, l’Allemagne | |||
'''Octobre 1936 – Alliance avec l’Italie fasciste''' | |||
En octobre 1936, l’Allemagne et l’Italie scellent leur rapprochement par la formation de l’Axe Berlin–Rome. Ce partenariat, né dans un contexte de convergence idéologique et de défiance commune vis-à-vis des démocraties libérales, prend d’abord la forme d’une alliance politique et diplomatique. Officiellement, elle se présente comme un front anticommuniste ; en réalité, elle prépare un alignement stratégique pour remodeler l’équilibre des puissances en Europe, à distance des grandes puissances occidentales et en opposition croissante à l’ordre international existant.[[Image:Bundesarchiv Bild 183-1987-0922-503, Wien, Einmarsch deutscher Truppen, Spähpanzer.jpg|thumb|right|L'arrivée des unités blindées à Vienne.]]'''Mars 1938 – L’Anschluss : l’union forcée avec l’Autriche''' En mars 1938, l’Allemagne procède à l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche, par une opération militaire rapide et largement mise en scène. Cet acte poursuit un objectif multiple : affirmer la capacité du Reich à remodeler l’ordre territorial européen, impressionner les puissances occidentales et consolider l’axe diplomatique avec l’Italie, malgré des tensions ponctuelles. L’argument de légitimité avancé par Hitler repose sur l’idée que l’Autriche germanophone aspirait depuis 1918–1919 à se rattacher à l’Allemagne, aspiration partagée bien au-delà des cercles socio-démocrates, incluant une partie importante de la classe politique autrichienne. | |||
Si les puissances occidentales avaient interdit cette union au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’opération de 1938 se déroule sous la contrainte militaire et se voit légitimée a posteriori par un référendum organisé dans un climat d’intimidation, qui affiche un « oui » massif à 90 %. Ce rattachement, présenté comme une étape dans la réunification des germanophones, déclenche un différend diplomatique avec l’Italie au sujet du Tyrol du Sud. Hitler choisit alors d’apaiser Rome en renonçant à ses prétentions sur cette région, tout en procédant au rapatriement des populations allemandes qui y vivaient, consolidant ainsi le discours d’unification nationale. | |||
'''Mai–Septembre 1938 – La crise des Sudètes : l’épreuve de l’apaisement''' | |||
Quelques mois plus tard, l’attention de Hitler se tourne vers les Sudètes, région frontalière de la Tchécoslovaquie où vit une importante minorité germanophone. En mai 1938, la montée des tensions conduit les Alliés à s’interroger sur l’opportunité d’intervenir militairement pour soutenir Prague. La crise culmine en septembre avec la conférence de Munich, où les démocraties occidentales optent pour une politique d’apaisement : elles acceptent l’annexion de la région par l’Allemagne, en échange de la promesse — vite trahie — de ne pas formuler de nouvelles revendications territoriales. | |||
L’occupation des Sudètes entraîne la dislocation progressive de l’État tchécoslovaque. La Bohême-Moravie tombe rapidement sous contrôle allemand, tandis que Hitler ordonne secrètement à ses généraux de préparer la destruction totale de la Tchécoslovaquie dès que l’occasion se présentera. Ce succès diplomatique et militaire, obtenu sans combat, confirme aux yeux de Hitler l’efficacité de la stratégie du fait accompli et l’incapacité des démocraties à résister à ses ambitions, ouvrant la voie à des opérations encore plus audacieuses dans les mois qui suivront.[[File:Bundesarchiv Bild 183-58507-003, Besetzung des Sudetenlands, Grenzpfahl.jpg|thumb|Destruction d'un poste frontière lors du rattachement des Sudètes à l'Allemagne au détriment de la Tchécoslovaquie. 19 septembre 1938]]'''Mars 1939 – L’annexion de la Tchéquie et la fin de la dissimulation''' | |||
En mars 1939, l’Allemagne procède à l’annexion de la Bohême et de la Moravie, achevant la dislocation de la Tchécoslovaquie. Cet acte rompt explicitement les engagements pris à Munich quelques mois plus tôt et met fin à toute prétention de Hitler à se limiter à la réunification des populations germanophones. La Tchéquie, dépourvue de lien linguistique ou ethnique direct avec l’Allemagne, est placée sous protectorat, démontrant que la stratégie nazie ne repose plus sur le seul principe d’autodétermination, mais sur une logique d’expansion et de domination directe. Pour l’opinion publique internationale, c’est un choc qui révèle l’inefficacité de la politique d’apaisement et la nature profondément expansionniste du régime. | |||
Quelques mois plus tard, en août 1939, l’Allemagne signe avec l’Union soviétique le pacte de non-agression connu sous le nom de pacte Molotov–Ribbentrop. Cet accord, assorti de clauses secrètes, vise à neutraliser toute opposition à l’Est le temps de lancer une offensive contre la Pologne, et prévoit le partage de celle-ci entre les deux puissances. Cette manœuvre diplomatique donne au Reich la liberté stratégique nécessaire pour ouvrir un conflit majeur sans craindre de front oriental immédiat. | |||
'''Septembre 1939 – L’invasion de la Pologne et le basculement vers la guerre totale''' | |||
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. Cette opération n’est pas présentée par le régime nazi comme une guerre classique contre un État souverain, mais comme une campagne de subjugation d’un peuple considéré comme racialement inférieur — les Slaves — que l’idéologie nazie destine à l’exploitation et à l’asservissement. Dans cette logique, la guerre contre la Pologne devient dès le départ une guerre d’anéantissement, non une simple occupation militaire. | |||
Parce que le Royaume-Uni et la France avaient garanti l’intégrité territoriale polonaise, l’agression allemande entraîne la déclaration de guerre des deux puissances le 3 septembre 1939. Cependant, pour les nazis, la conquête marque l’entrée dans une nouvelle phase : la répression et la domination raciale systématiques. Dès les premières semaines, des politiques spécifiques sont mises en place pour détruire l’élite polonaise, marginaliser ou éliminer les communautés juives et réduire la population slave à un statut subalterne. | |||
'''La fin de la politique de « grignotage » et l’avènement du projet impérial racial''' | |||
L’attaque contre la Pologne clôt définitivement la phase de « grignotage » territorial qui, de 1933 à 1939, avait consisté à obtenir des gains progressifs sous couvert de légitimité nationale ou d’autodétermination. À partir de septembre 1939, l’expansion hitlérienne n’est plus guidée par un nationalisme extrémiste centré sur l’unité allemande, mais par un projet impérial global articulé autour d’une hiérarchie raciale. Dans cette vision pathologique, l’État-nation allemand devient le noyau dirigeant d’un espace continental réorganisé selon des critères biologiques, où les frontières traditionnelles perdent toute importance face à la prétention d’une domination totale sur l’Europe. | |||
[[Fichier:La partition de la Tchécoslovaquie, 1938-1939.gif|400px|vignette|centré|La partition de la Tchécoslovaquie, 1938-1939 - [http://www.ushmm.org/wlc/fr/media_nm.php?MediaId=773 Encyclopédie multimédia de la Shoah]]] | [[Fichier:La partition de la Tchécoslovaquie, 1938-1939.gif|400px|vignette|centré|La partition de la Tchécoslovaquie, 1938-1939 - [http://www.ushmm.org/wlc/fr/media_nm.php?MediaId=773 Encyclopédie multimédia de la Shoah]]] | ||
Version du 15 août 2025 à 08:46
La période 1933–1947 s’inscrit dans une séquence historique qui excède le seul cadre de la Seconde Guerre mondiale, mais dont le centre de gravité se situe dans l’affirmation et l’expansion de régimes totalitaires. L’Allemagne hitlérienne et l’Union soviétique stalinienne constituent les deux pôles majeurs de cette dynamique, chacun remettant en cause, par ses orientations politiques et ses ambitions territoriales, l’ordre international issu des traités de Paris de 1919 et garanti par la Société des Nations. Cet ordre, déjà fragilisé par les tensions économiques et sociales de l’entre-deux-guerres, sera progressivement érodé, puis brisé, par l’action des gouvernements autoritaires, jusqu’à précipiter le continent dans un conflit d’ampleur mondiale.
Cette phase s’inscrit dans un continuum qui remonte au XIXe siècle, lorsque le nationalisme s’est affirmé comme principe directeur de la construction des États-nations en Europe. La volonté de faire coïncider l’État avec une communauté perçue comme homogène sur les plans linguistique, culturel et historique a façonné durablement la carte politique européenne. Ce projet s’est heurté à la complexité des réalités ethniques et culturelles, particulièrement dans les empires multinationaux, mais également dans les jeunes États issus de la Première Guerre mondiale. Ces derniers ont dû affronter, à leur tour, une série de contentieux frontaliers, de tensions avec des minorités nationales et de conflits avec un ordre international jugé contraignant ou injuste.
Dans ce contexte, les années 1930 voient s’intensifier la confrontation entre l’idéal nationaliste — celui d’une souveraineté politique fondée sur l’unité d’un peuple — et les logiques impérialistes ou idéologiques qui transcendent les frontières nationales. Si certains mouvements cherchent à parachever l’unité nationale inachevée ou à corriger les « injustices » perçues des traités de l’après-1918, d’autres ambitionnent de remodeler l’Europe sur des bases raciales, rejetant les principes mêmes sur lesquels reposait le modèle de l’État-nation. C’est cette tension entre continuité historique et rupture idéologique qui rend compte, en partie, de la radicalisation politique de l’époque et des bouleversements territoriaux qui s’ensuivront.
Nationalisme et redéfinition des frontières
L’un des tournants idéologiques majeurs de l’après-Première Guerre mondiale est la reconnaissance, dans les Quatorze Points du président Woodrow Wilson, du principe d’autodétermination des peuples. Ce principe, en théorie destiné à favoriser la stabilité et à réduire les tensions interétatiques, posait le droit de chaque communauté nationale à disposer d’elle-même et, si nécessaire, à constituer son propre État. Dans les faits, son application s’est révélée sélective et inégale : certains peuples obtiennent une souveraineté pleine et entière, tandis que d’autres restent intégrés à des entités politiques plus vastes, ou voient leurs aspirations contrariées par les intérêts stratégiques des grandes puissances. Cette asymétrie alimente rapidement un climat de ressentiment et de contestation, notamment dans les zones frontalières ou multiethniques.
C’est dans ce terreau que s’enracinent, dans les années 1920 et 1930, les revendications nationalistes qui serviront de levier à des régimes autoritaires. L’extrémisme raciste, le revanchisme territorial, le nationalisme exacerbé et la xénophobie trouvent dans ces frustrations un puissant moteur politique. Les ambitions de remodeler l’Europe, non plus seulement en fonction des frontières étatiques héritées des traités, mais selon des critères raciaux ou culturels exclusifs, prennent une ampleur inédite. La question centrale demeure : dans quelle mesure ces idéologies de conquête et de purification peuvent-elles être considérées comme une extension du nationalisme traditionnel, et à partir de quel point marquent-elles une rupture radicale avec lui ?
Le cas allemand illustre parfaitement cette ambiguïté. Adolf Hitler et d’autres dirigeants fascistes parviennent à capter les frustrations nées de la défaite de 1918, des réparations imposées par le traité de Versailles, de l’instabilité politique et de la crise économique. En Allemagne, le succès électoral du parti nazi ne s’explique pas seulement par l’adhésion au programme doctrinal du national-socialisme, mais aussi par sa capacité à fédérer des segments très divers de l’électorat. Conservateurs, monarchistes, traditionalistes et nationalistes modérés voient en Hitler le défenseur résolu des intérêts allemands et l’homme capable de restaurer la puissance et la dignité nationales, même sans partager l’intégralité de l’idéologie nazie. La propagande du parti, habilement construite, synthétise un discours nationaliste classique (récupération des territoires perdus, unité du peuple, restauration de l’armée) avec des éléments plus radicaux de hiérarchisation raciale et de mission impériale.
Toutefois, la dynamique qui se déploie jusqu’en 1945 dépasse la simple intensification du nationalisme. Si ce dernier constitue un point de départ et un réservoir de légitimité, l’idéologie nazie franchit une étape qualitative en transformant le projet national en projet racial global. L’occupation et la répression des peuples conquis ne répondent plus uniquement à des logiques de domination politique ou de sécurisation frontalière, mais à un dessein structuré d’ingénierie démographique et de hiérarchisation biologique des populations européennes. Les génocides, les déportations et les déplacements forcés qui jalonnent la période ne peuvent donc être compris uniquement comme une « montée en intensité » du nationalisme : ils s’inscrivent dans un projet d’ordre nouveau où l’État-nation devient un simple instrument au service d’une utopie raciale, et où les frontières ne sont plus que des lignes temporaires, appelées à disparaître dans un espace impérial homogénéisé par la contrainte et l’exclusion.
Les fondements idéologiques et conceptuels
L’étude de la politique étrangère et intérieure du IIIᵉ Reich révèle un point d’inflexion majeur : le moment où l’entreprise nazie cesse de s’inscrire dans le cadre d’un projet strictement national ou racial pour devenir la matrice d’un ordre racial global, pensé au-delà des frontières de l’État-nation. En cas de victoire, le Reich hitlérien n’aurait pas été un État national homogène au sens classique, mais une construction impériale multiethnique soumise à la domination d’une élite définie comme « race nordique » supérieure. Dans cette perspective, les régimes fascistes et nationalistes radicaux du XXᵉ siècle en viennent à détruire les fondations mêmes du nationalisme, en substituant à l’idéal d’autodétermination des peuples un projet d’ingénierie démographique et de hiérarchisation biologique à l’échelle continentale.
Le tournant idéologique de l’entre-deux-guerres se lit aussi dans l’évolution du vocabulaire politique. Les notions d’« État-nation », de « race » et de « peuple » changent de signification, passant d’une référence essentiellement politique et culturelle à une vision où la biologie et l’hérédité deviennent des critères centraux de définition et de légitimité. Cette transformation conceptuelle accompagne l’essor des doctrines racistes et leur intégration dans les programmes de gouvernance autoritaire.
Race et racialisation
Au XIXᵉ siècle, le mot « race » est souvent employé comme synonyme de « nation » pour désigner des populations perçues comme partageant une origine commune. Ce n’est pas encore un racisme « scientifique » au sens qu’il prendra au XXᵉ siècle, mais une manière de catégoriser les peuples à partir d’éléments historiques, culturels ou linguistiques. Toutefois, avec le développement des théories raciales, ce terme s’imprègne progressivement de hiérarchies biologiques supposées, associant des traits de caractère, des aptitudes et des destins collectifs à l’appartenance raciale.
Ce glissement trouve ses racines dans l’idéologie coloniale du XIXᵉ siècle, qui établit des distinctions entre populations colonisées et colonisatrices pour justifier la domination impériale. Mais il s’étend aussi à d’autres contextes, y compris dans les débats sur les différences perçues entre hommes et femmes dans certains milieux scientifiques européens. L’« idée de race juive », quant à elle, est relativement récente. Elle se cristallise à la croisée des discours antisémites traditionnels et des débats sur le sionisme, où la notion de peuple juif est pensée en termes de nationalisme et d’État, mais rarement en termes raciaux avant l’appropriation nazie.
Dès les années 1920, ces constructions intellectuelles gagnent les milieux scientifiques — notamment la démographie et l’anthropologie — et sont reprises, amplifiées et radicalisées par les idéologues fascistes et nazis. Si le racisme biologique n’est pas au cœur de la doctrine de Mussolini, il occupe en revanche une place centrale dans la pensée hitlérienne, où il devient un fondement de l’action politique. Dans cette optique, le racisme ne se réduit pas à un préjugé : il devient un instrument de politique nationale et internationale, et un moteur de concurrence entre peuples, transformé en enjeu belliqueux par la propagande et les appareils d’État.
Ethnie et ethnicité
Le terme « ethnie » relève d’un usage scientifique visant à décrire des populations caractérisées par une origine commune, une langue, un territoire, et des structures sociales spécifiques. Initialement, il sert à nommer des groupes considérés comme « exotiques », souvent situés hors d’Europe et sans organisation étatique formelle. Bien que plus neutre que le concept de race, il n’est pas dépourvu de potentiel idéologique : il peut être mobilisé à des fins xénophobes ou nationalistes, notamment lorsqu’il sert à essentialiser des différences culturelles ou à légitimer des politiques de ségrégation.
Dans la pratique politique de l’entre-deux-guerres, le concept d’ethnie devient parfois un substitut plus « acceptable » au vocabulaire raciste, tout en conservant des usages discriminatoires.
Déplacements forcés
Parmi les outils de transformation démographique utilisés au XXᵉ siècle, le déplacement forcé occupe une place importante. Déjà pratiqué au lendemain de la Première Guerre mondiale, il ne s’agit pas de migrations volontaires mais d’expulsions de groupes entiers, ordonnées et encadrées par l’appareil d’État et l’armée. Ces déplacements visent souvent à homogénéiser la composition nationale d’un territoire, à éliminer des minorités jugées indésirables ou à installer des populations considérées comme plus « loyales ».
« Nettoyage » ou « épuration » ethnique
Ces deux notions apparaissent dans les discours nationalistes dès le XIXᵉ siècle, notamment dans le contexte balkanique, marqué par de violents conflits intercommunautaires. Elles désignent des politiques visant à éliminer, par la contrainte ou la violence, la présence de groupes considérés comme étrangers à la nation. Si le vocabulaire connaît une résurgence dans les sciences sociales à la fin du XXᵉ siècle, c’est notamment à l’occasion des guerres de Yougoslavie, où l’expression « épuration ethnique » est utilisée pour qualifier les politiques serbes de déplacement forcé et de massacre. Les historiens et analystes appliquent rétrospectivement ce cadre interprétatif à des épisodes plus anciens, comme les expulsions massives de l’entre-deux-guerres.
Génocide
Le mot « génocide » est forgé pendant la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion de juristes comme Raphael Lemkin, pour décrire l’extermination systématique des populations juives par le régime nazi. Introduit en 1944, il entre dans le droit international avec la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l’ONU en 1948. Utilisé lors des procès de Nuremberg, il s’impose comme catégorie juridique et politique nouvelle, destinée à qualifier les crimes visant à détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux.
Longtemps, son usage reste limité, et il est souvent appliqué a posteriori à des événements antérieurs, comme le massacre des Arméniens en 1915. La qualification reste cependant sujette à débat, tant pour des raisons historiographiques que politiques, chaque reconnaissance s’inscrivant dans un contexte de mémoire, de diplomatie et de droit international.
Du nationalisme agressif au nouvel ordre racial
La trajectoire politique et militaire de l’Allemagne nazie illustre de manière exemplaire le passage d’un nationalisme radical — centré sur la restauration de la puissance et de l’unité nationales — à un projet idéologique bien plus ambitieux : la construction d’un ordre racial continental. Dans un premier temps, Hitler mobilise un discours ancré dans la logique wilsonienne de l’autodétermination, affirmant vouloir « protéger » ou « rapatrier » les populations germanophones vivant au-delà des frontières du Reich. Cette rhétorique trouve un large écho dans une société allemande marquée par la défaite de 1918, le ressentiment vis-à-vis du traité de Versailles et la crise économique mondiale.
Toutefois, à mesure que la puissance militaire et l’influence diplomatique du Reich se renforcent, ce nationalisme revendicatif se transforme en un programme d’expansion impériale fondé sur la hiérarchisation raciale. L’objectif n’est plus seulement de recomposer les frontières pour réunir un « peuple » dans un État-nation homogène, mais de remodeler l’Europe entière selon une vision où la souveraineté nationale est subordonnée à la domination biologique d’une prétendue « race supérieure ». Ce glissement idéologique marque une rupture profonde avec le nationalisme classique, en abolissant la finalité politique de l’État-nation au profit d’un projet hégémonique visant à restructurer l’ordre européen sur des bases raciales.
C’est cette transition — du nationalisme agressif à l’édification d’un nouvel ordre racial — que l’on peut observer à travers la succession d’initiatives diplomatiques, de coups de force territoriaux et de mesures de réorganisation démographique mises en œuvre par le régime nazi entre 1933 et 1939, prélude à la guerre totale et à la radicalisation exterminatrice des années suivantes.
L’exemple de l’Allemagne nazie
La consolidation du pouvoir hitlérien s’accompagne très tôt d’une stratégie méthodique visant à attiser le sentiment nationaliste offensif et à légitimer l’expansion territoriale. Cette orientation repose sur un double registre : d’un côté, une rhétorique de protection et de réunification des populations germanophones dispersées au-delà des frontières du Reich ; de l’autre, une mise en scène politique et diplomatique destinée à tester, puis repousser progressivement, les limites imposées par l’ordre international issu de 1919.
Dans ce cadre, Hitler recourt habilement au principe d’autodétermination formulé par le président Wilson après la Première Guerre mondiale. Il présente l’Allemagne comme le défenseur naturel des « communautés nationales » germanophones vivant sous domination étrangère, en affirmant vouloir corriger les « injustices » héritées du traité de Versailles. Ce discours, en apparence conforme aux idéaux wilsoniens, masque cependant une logique de puissance où l’intégration de ces populations n’est qu’une première étape d’un projet expansionniste plus vaste.
La stratégie hitlérienne est donc celle d’un « grignotage » territorial progressif : multiplier les revendications limitées, susceptibles d’apparaître légitimes aux yeux de l’opinion internationale, tout en renforçant la position militaire et diplomatique du Reich. Chaque succès, qu’il s’agisse du retrait de clauses contraignantes du traité ou de l’annexion de territoires germanophones, renforce la crédibilité interne du régime et son autorité externe, ouvrant la voie à des ambitions toujours plus larges. Ainsi, sous couvert de restaurer l’unité nationale, Hitler prépare en réalité la transition vers un ordre impérial et racial qui ne se limitera plus à la seule question des minorités allemandes.
Janvier 1933 – Prise du pouvoir et démantèlement de la République
En janvier 1933, la nomination d’Adolf Hitler à la chancellerie marque le début d’une transformation radicale du régime politique allemand. La République de Weimar, déjà fragilisée par l’instabilité politique et la crise économique, est rapidement vidée de ses mécanismes démocratiques. En quelques mois, par une combinaison de manœuvres légales, de violence politique et de propagande, le pouvoir se centralise entre les mains du Führer. Ce basculement crée le cadre institutionnel nécessaire à une politique étrangère agressive, libérée des contraintes parlementaires.
Octobre 1933 – Rupture avec la Société des Nations
Dès la fin de l’année 1933, l’Allemagne affirme sa volonté de rompre avec les structures multilatérales issues de l’après-1919. Le retrait de la Société des Nations n’est pas seulement un geste symbolique : il signifie le rejet des mécanismes de contrôle international et ouvre la voie à une diplomatie unilatérale, fondée sur le rapport de force. Cette décision met également à l’épreuve la capacité des démocraties occidentales à réagir ; leur absence de réponse ferme conforte Hitler dans sa stratégie.
Mars 1935 – Réarmement et violation ouverte du traité de Versailles
En mars 1935, le Reich franchit une nouvelle étape en rétablissant le service militaire obligatoire et en lançant un programme massif de réarmement. Cette initiative constitue une violation frontale des clauses militaires du traité de Versailles. Par ce geste, Hitler envoie un double message : à l’intérieur, il réaffirme sa volonté de restaurer la puissance militaire allemande ; à l’extérieur, il teste la détermination des puissances signataires du traité, qui se contentent de protestations diplomatiques, renforçant ainsi sa perception que la voie de la révision unilatérale est ouverte.
Mars 1936 – Remilitarisation de la Rhénanie
La remilitarisation de la Rhénanie, en mars 1936, est un acte calculé. Bien que le traité de Versailles — et le pacte de Locarno de 1925 — interdise toute présence militaire allemande dans cette zone stratégique, Hitler ordonne le déploiement de troupes dans la région. Cette opération, menée avec des forces encore limitées, constitue un pari : si la France ou le Royaume-Uni réagissent militairement, l’Allemagne devra reculer ; mais l’absence d’intervention valide la stratégie du fait accompli. Aux yeux de l’opinion publique allemande, l’événement apparaît comme la récupération légitime d’un territoire national, renforçant la popularité du régime.
Octobre 1936 – Alliance avec l’Italie fasciste
En octobre 1936, l’Allemagne et l’Italie scellent leur rapprochement par la formation de l’Axe Berlin–Rome. Ce partenariat, né dans un contexte de convergence idéologique et de défiance commune vis-à-vis des démocraties libérales, prend d’abord la forme d’une alliance politique et diplomatique. Officiellement, elle se présente comme un front anticommuniste ; en réalité, elle prépare un alignement stratégique pour remodeler l’équilibre des puissances en Europe, à distance des grandes puissances occidentales et en opposition croissante à l’ordre international existant.
Mars 1938 – L’Anschluss : l’union forcée avec l’Autriche En mars 1938, l’Allemagne procède à l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche, par une opération militaire rapide et largement mise en scène. Cet acte poursuit un objectif multiple : affirmer la capacité du Reich à remodeler l’ordre territorial européen, impressionner les puissances occidentales et consolider l’axe diplomatique avec l’Italie, malgré des tensions ponctuelles. L’argument de légitimité avancé par Hitler repose sur l’idée que l’Autriche germanophone aspirait depuis 1918–1919 à se rattacher à l’Allemagne, aspiration partagée bien au-delà des cercles socio-démocrates, incluant une partie importante de la classe politique autrichienne.
Si les puissances occidentales avaient interdit cette union au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’opération de 1938 se déroule sous la contrainte militaire et se voit légitimée a posteriori par un référendum organisé dans un climat d’intimidation, qui affiche un « oui » massif à 90 %. Ce rattachement, présenté comme une étape dans la réunification des germanophones, déclenche un différend diplomatique avec l’Italie au sujet du Tyrol du Sud. Hitler choisit alors d’apaiser Rome en renonçant à ses prétentions sur cette région, tout en procédant au rapatriement des populations allemandes qui y vivaient, consolidant ainsi le discours d’unification nationale.
Mai–Septembre 1938 – La crise des Sudètes : l’épreuve de l’apaisement
Quelques mois plus tard, l’attention de Hitler se tourne vers les Sudètes, région frontalière de la Tchécoslovaquie où vit une importante minorité germanophone. En mai 1938, la montée des tensions conduit les Alliés à s’interroger sur l’opportunité d’intervenir militairement pour soutenir Prague. La crise culmine en septembre avec la conférence de Munich, où les démocraties occidentales optent pour une politique d’apaisement : elles acceptent l’annexion de la région par l’Allemagne, en échange de la promesse — vite trahie — de ne pas formuler de nouvelles revendications territoriales.
L’occupation des Sudètes entraîne la dislocation progressive de l’État tchécoslovaque. La Bohême-Moravie tombe rapidement sous contrôle allemand, tandis que Hitler ordonne secrètement à ses généraux de préparer la destruction totale de la Tchécoslovaquie dès que l’occasion se présentera. Ce succès diplomatique et militaire, obtenu sans combat, confirme aux yeux de Hitler l’efficacité de la stratégie du fait accompli et l’incapacité des démocraties à résister à ses ambitions, ouvrant la voie à des opérations encore plus audacieuses dans les mois qui suivront.
Mars 1939 – L’annexion de la Tchéquie et la fin de la dissimulation
En mars 1939, l’Allemagne procède à l’annexion de la Bohême et de la Moravie, achevant la dislocation de la Tchécoslovaquie. Cet acte rompt explicitement les engagements pris à Munich quelques mois plus tôt et met fin à toute prétention de Hitler à se limiter à la réunification des populations germanophones. La Tchéquie, dépourvue de lien linguistique ou ethnique direct avec l’Allemagne, est placée sous protectorat, démontrant que la stratégie nazie ne repose plus sur le seul principe d’autodétermination, mais sur une logique d’expansion et de domination directe. Pour l’opinion publique internationale, c’est un choc qui révèle l’inefficacité de la politique d’apaisement et la nature profondément expansionniste du régime.
Quelques mois plus tard, en août 1939, l’Allemagne signe avec l’Union soviétique le pacte de non-agression connu sous le nom de pacte Molotov–Ribbentrop. Cet accord, assorti de clauses secrètes, vise à neutraliser toute opposition à l’Est le temps de lancer une offensive contre la Pologne, et prévoit le partage de celle-ci entre les deux puissances. Cette manœuvre diplomatique donne au Reich la liberté stratégique nécessaire pour ouvrir un conflit majeur sans craindre de front oriental immédiat.
Septembre 1939 – L’invasion de la Pologne et le basculement vers la guerre totale
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. Cette opération n’est pas présentée par le régime nazi comme une guerre classique contre un État souverain, mais comme une campagne de subjugation d’un peuple considéré comme racialement inférieur — les Slaves — que l’idéologie nazie destine à l’exploitation et à l’asservissement. Dans cette logique, la guerre contre la Pologne devient dès le départ une guerre d’anéantissement, non une simple occupation militaire.
Parce que le Royaume-Uni et la France avaient garanti l’intégrité territoriale polonaise, l’agression allemande entraîne la déclaration de guerre des deux puissances le 3 septembre 1939. Cependant, pour les nazis, la conquête marque l’entrée dans une nouvelle phase : la répression et la domination raciale systématiques. Dès les premières semaines, des politiques spécifiques sont mises en place pour détruire l’élite polonaise, marginaliser ou éliminer les communautés juives et réduire la population slave à un statut subalterne.
La fin de la politique de « grignotage » et l’avènement du projet impérial racial
L’attaque contre la Pologne clôt définitivement la phase de « grignotage » territorial qui, de 1933 à 1939, avait consisté à obtenir des gains progressifs sous couvert de légitimité nationale ou d’autodétermination. À partir de septembre 1939, l’expansion hitlérienne n’est plus guidée par un nationalisme extrémiste centré sur l’unité allemande, mais par un projet impérial global articulé autour d’une hiérarchie raciale. Dans cette vision pathologique, l’État-nation allemand devient le noyau dirigeant d’un espace continental réorganisé selon des critères biologiques, où les frontières traditionnelles perdent toute importance face à la prétention d’une domination totale sur l’Europe.
Cette carte est une partition de la Tchécoslovaquie en deux étapes. La Tchécoslovaquie était la dernière démocratie dans cette partie de l’Europe ayant résistée aux tentatives de créer un régime autoritaire.
C’est la situation en 1939 – 1940. Dans le traité entre Staline et Hitler, il y avait un certain nombre de clauses secrètes dont le fait que si l’Allemagne attaquait la Pologne, l’Union Soviétique va envahir la partie est de la Pologne. Les polonais encore aujourd’hui sont très méfiants de ses deux voisins.
Apparait l’ancienne frontière de l’Empire allemand avec la Prusse orientale et le territoire de Dantzig.
Racialisation de la politique nazie envers l’Europe de l’Est
Le plan des nazis
Est laissé de coté le nationalisme classique. On veut créer un ordre social ce que font faire les nazis notamment avec l’aide de la violence et de la force militaire. Ils veulent créer une Europe avec une hiérarchie raciale.
Le Generalplan Ost est élaboré avant la seconde guerre mondiale, c’est une dystopie afin de réorganiser l’Europe.
Le deuxième plan est plus précis, le SS-Oberfuhrer Konrad Meyer élabore un plan rendu public par Himmler à Schitomir dans le sud de l’Ukraine en septembre 1942.
- Des cartes pour redéfinir l'Europe de l'Est
Déplacement organisé par les autorités allemandes
Dès 1939 – 1940, environ un million de Polonais et de juifs de la Warthegau sont déplacés et envoyés vers le gouvernement général de la Pologne non incorporé au Reich.
Le Warthegau devient une province du IIIème Reich mais cela passe par la nécessité d’un nettoyage ethnique. Cette brutalité de cette pensée, pour des raisons imaginé son pense qu’un territoire fait parti du territoire national et c’est pourquoi les sédentaires n’ont pas le droit d’être là.
La logique du nationalisme va encore atteindre une autre étape, lu avec des motifs et des considérations idéologiques racistes est abandonner l’idée d’un peuple souverain qui décide de son destin.
Par la suite, les nazis vont transférer environ 5,5 millions de Slaves dont 2,8 millions de polonais vers l’Allemagne pour travail forcé. Cette grande migration de travailleurs forcés est aussi une manière de dominer l’Europe par l’économie nazie.
Il y a aussi un déplacement d’allemands sur le territoire du nouveau Reich soit entre 500000 et 700000 Allemands souvent d’Europe centrale.
Avec le début de la défaite, de la progression de l’armée Rouge à l’est, des allemands encouragéS d’aller à l’est comme colons doivent retrouver le territoire du Reich étant de plus en plus à la fin de la guerre contraint de fuir devant les armées soviétiques.
Entre 1944 et 1945, environ de 4 à 5 millions d’Allemands refluent vers l’Allemagne. Après la guerre il y a un autre déplacement forcé d’environ 12 millions de germanophone vers le territoire allemand.
Les déplacements forcés sont un prélude à la solution finale parce que cela créer une surpopulation artificielle dans ces territoires donnant des raisons techniques aux technocrates nazis de les exterminer.
La persécution nazie contre les juifs est un dépassement du nationalisme. L’agression majeure se dirigeait contre les populations juives dans ces pays et ce corridor de la mer baltique en Pologne, en Ukraine, Roumanie et en Hongrie. C’est une bande géographique de populations juives.
La fantaisie meurtrière des nazis pouvait être seulement réalisée avec l’avancement des armées allemandes dans cette guerre. Les persécutions étaient d’abord dirigées contre les juifs allemands, mais avec l’avancement dans le territoire. Le régime de Hitler s’accapare les territoires afin de réaliser cette dystopie d’une Europe « nettoyée » : on veut rendre les villes et les régions libres de juifs, Juden Frei[1].
Il n’y a plus de respect pour la souveraineté. Avec l’occupation notamment de la Pologne, on voulait détruire leur existence étatique, on voulait raser la dépendance étatique de ces pays.
Il y a une population plus dispersée notamment dans le corridor de l’Europe centrale.
Déplacements de populations et génocides
Préparation de la « solution finale : la politique de relégation systématique : les ghettos
Le système de camp de concentration à couvert toute l’Europe. Les camps de destruction sont hors des frontières allemandes en Pologne notamment et en Union Soviétique où la plupart de ces populations se trouvaient. On renforce cette population par des migrations forcées.
En octobre 1941, Hans Frank alors gouverneur du gouvernement général de Pologne ordonne que tout juif trouvé en dehors des ghettos soient immédiatement exécutés.
Le premier ghetto est à Piotrkow Pologne en 1939, le second est à Lodz en Pologne en février 1940 qui est la seconde grande ville juive d’Europe avec 230000 juifs.
Le plus grand ghetto est celui de Varsovie qui est la plus grande ville juive d’Europe comptant 445000 personnes en mars 1941. Pour les tziganes, il y a une politique de déportation à partir de mai 1940 des tziganes allemands vers la Pologne en provenance de toute l’Allemagne soit environ 2800-5000 personnes.
Massacres ethniques à l’Est : la politique de « nettoyage » des einsatzgruppen jusqu’en 1942
Il y beaucoup de massacres individuels perpétrés par des troupes ordinaires, c’est une élimination systématique des juifs soviétiques et des tziganes.
Par exemple, il y a l’élimination par les EG de 34000 juifs de Kiev et environ 5000 tziganes de Kiev à Babi Yar (ravin en bordure de la ville) fin septembre 1941. Les juifs constituaient 20% de la population de Kiev en 1940.
Au printemps 1943 quand ils commencent leur retraite, on estime que les EG ont assassiné 1,2 millions de juifs soviétiques (les enquêtes de Dubois donnent 1,5 millions) et des centaines de milliers de citoyens soviétiques y compris des prisonniers de guerre
Massacres inter-ethniques en Europe centrale et balkanique
On dénombre des conflits interethniques très violents dans la Galicie multiethnique (environ 8 millions d’habitants) Polonais, Ukrainiens (Ruthènes) et juifs.
Croatie 6.3 millions d’habitants dont 3.3 millions de Croates catholiques et 1.9 millions de Serbes orthodoxes ou Uniates.
Le gouvernement d'Ante Pavelitch est à l'origine de l'assassinat d'environ 330000 à 390000 Serbes vivant en Croatie, dont 45000 à 52000 dans le camp de Jasenovac. Environ 12000 croates opposants politiques sont également morts dans ce camp.
Des juifs sont victimes de Pogroms avant l’arrivée de l'armée allemande en Pologne, mais surtout en Ukraine et dans les États baltes.
En Pologne a eu lieu le pogrom de juillet 1941 de Jedwabne avec 1700 juifs brûlés dans une grange. Des nationalistes ukrainiens ont exterminé les juifs de Lvov avant l'arrivée des allemands en juillet 1941 avec début juillet 4000 et fin juillet 2000 juifs massacrée en deux jours.
En Croatie : 7,000 juifs ont été livrés aux nazis et déportés et environ 20000 juifs déportés et tués dans les camps de concentration croates. 26000 victimes Roms dont environ 10000 à Jasenovac.
La « solution finale » de la « question juive »
La logistique de la solution finale était compliquée. On ne peut pas déplacer des centaines de milliers de personnes sans que personne ne s’en rende compte.
Le juillet 1941, Goering autorise Reinhard Heydrich à faire des préparations pour la « solution finale » (nom de code).
En automne 1941, le plan d’élimination systématique des juifs du gouvernement général de Pologne et mis en place avec l'installation des premiers camps d’extermination. Le 20 janvier 1942, lors de la conférence de Wannsee, on prévoit de tuer 11 millions de personnes considérées comme juives d’après les lois raciales nazies.
Ainsi, 1,1 millions de personnes ont été "gazées" à Auschwitz, en tout 3 millions de juifs ont été tués dans les camps d’extermination. En tout 6 millions environ de juifs ont été tués soit plus de 90% des juifs de Pologne, hongrois et croates avec la suppression de la culture yiddish.
La destruction des tziganes
En décembre 1942, décret de Heinrich Himmler et décret d‘application du 29 janvier 1943 de déportation systématique des tziganes de « race mêlée » de familles entières vers le camp d’extermination d’Auschwitz.
Victimes totales 200000 personnes et jusqu’à ½ millions (soit entre le ¼ et le 1/3 des tziganes d’Europe).
Les faits autour de la deuxième guerre mondiale, des génocides, des déportations, autour des règlements de compte d’après guerre sont l’apogée d’un nationalisme extrême et radical.
Les ambitions impériales et impérialistes des régimes dictatoriaux du XXème siècle, les politiques réelles notamment de Hitler ont dépassés ce qu’on pouvait appeler un nationalisme exagéré avec des politiques raciales, impériales et impérialistes qui étaient un train de détruire non seulement la base souveraine des pays occupé mais étaient aussi en train de dépasser et détruire la nation allemande comme elle a été créée par Bismarck et l’unification des pays allemand.
L’État de Bismarck avec sa cohérence territoriale a survécu comme État-Nation suite à la première guerre avec la République de Weimar et durant les premières années de gouvernement de Hitler. Toutefois, la volonté de créer un nouvel ordre européen a dépassée le modèle d’État-Nations : c’était un ordre rêvé avec une hiérarchie de races sans frontières nationales.
Ce n’est pas une décharge du nationalisme extrémiste, seulement dans les faits, ce qui fut témoigné notamment dans les années 1940, était encore autre chose.
« Les épurations ethniques » après la Seconde Guerre Mondiale
Après 1945 s’ouvre une période extrême. À ce moment, le terme épuration ethnique n’était pas beaucoup utilisé. Le mot épuration a émergé dans le discours politique et médiatique dans les années 1990 suite aux conflits en ex-Yougoslavie.
Institutionnalisation du principe de « pureté ethnique » à la fin de la deuxième guerre mondiale
Conférence des alliés anti-Hitler : ces différentes conférences discutent des frontières et des populations créant certains problèmes mais on a plutôt essayé de régler ça d’une autre manière.
Téhéran, décembre 1943
Les trois conférences des quatre grands, d’abord entre Staline, Churchill, Roosevelt qui déjà en 1943, un an et demi avant la fin de la guerre discutent comment distribuer les zones d’influence, ce qu’il faudra faire d’une Allemagne vaincue et l’organisation de l’effort de guerre.
Yalta, février 1945
Le mouvement de Yalta est comparable aux conférences de Paris après la première guerre mondiale, mais ce ne sont juste que des accords entre leaders.
À Yalta, les alliées acceptent de déplacer des millions d’individus pour homogénéiser les pays dans leur reconstruction d’après guerre :
- avec la Pologne : on veut restituer des pays indépendants que les russes eux-mêmes ont aidés à détruire.
- avec la Tchécoslovaquie : on reconstitue un État double mais se pose la question des allemands de Bohème. Une politique de lobbying est faite par le gouvernement tchèque en exile à Londres afin de régler la question des minorités.
Les frontières en Europe centrale vont ici changer, même l’Union Soviétique aura des minorités germanophones en son sein.
Postdam, juillet – août 1945
Expulsions des populations allemandes de l’Europe de l’Est, 1944 - 1948
Après 1945 il y a un régime d’occupation qui occupe l’Allemagne et on recrée la Pologne avec des frontières différentes. En 1949 sont créé l’Allemagne de l’ouest et l’Allemagne de l’est, la ville de Berlin est au cœur de l’Allemagne de l’est mais occupée par les quatre alliés.
Comme Berlin est une ville internationale elle reste dans un contexte d’extraterritorialité.
Les décideurs de ce temps avaient l’impression d’être volontariste : on pouvait bouger non seulement des populations mais aussi des territoires. L’Allemagne perd ses anciennes possessions à l’est.
Ces migrations ne se font pas sans heurts, il y a aussi des déplacements à l’intérieur de l’Union Soviétique et des échanges entre la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche.
Déplacements forcés des population initiés par les gouvernements nationaux en Europe centrale
Environ 117000 Polonais ont été évacués d’Ukraine vers l’Ouest et plusieurs centaines de milliers suivent en provenance de Lituanie, Biélorussie et Ukraine.
Entre 1945 et 1948 environ 1,5 millions de Polonais ont été rapatriés d’Union Soviétique, tandis qu’environ un demi million d’ukrainiens sont expulsés de Pologne entre 1945 et 1946.
Tchécoslovaquie : expulsion d’une grande partie de leur minorité hongroise (90000 personnes) en échange de 2/3 de la minorité slovaque (60000 personnes quittent la Hongrie).
Le gouvernement tchèque en exil de Benes a négocié le transfert de la minorité allemande (3 millions de personnes)
Les grandes puissances ont donné le feu-vert, l’Union Soviétique a libérée un corridor à l’ouest de la Russie et il y avait le problème des minorités surtout germanophone mais aussi entre minorités nationales avec des pays qui essaient de rapatrier leur population et d’expulser les autres.
À ce moment, il y avait déjà beaucoup de critiques car cela crée un traumatisme et beaucoup d’amertume. Pour un certain nombre de décideurs c’était une réponse à ces problèmes de nationalité.
Un certain nombre de pays sont redevenus indépendants mais l’Union Soviétique avait pris possession de petits pays indépendants créés après la première guerre mondiale comme la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie qui deviennent des républiques intégrales de l’Union Soviétique, ce ne sont plus des États indépendants.
La distance entre les nouvelles frontières de la Pologne et l’ancienne à l’est ont été déplacé de 200 kilomètre : cela se fait par la force avec des placements de populations, des actes autoritaires.
Le glissement de la Pologne vers l’ouest - 1945
On peut voir le corridor qui devient soviétique, à l’est des territoires allemands deviennent polonais.
Les politiques de déplacement, de purification et de nettoyage ont aussi détruit des cultures qui n’étaient pas en conflit mais qui étaient un multiculturalisme vécu avec une littérature, des arts, des échanges entre ces différents groupes tout à fait vivants.
On déplace les populations polonaises vers les nouvelles régions prises de l’Allemagne. Ils étaient forcés de quitter des régions russe étant utilisées comme des colons pour s’installer là d’où les allemand on été expulsé : c’est une chaine de déplacement.
Les armées de Hitler et de Staline avaient déjà commencées à gérer des populations entières. Ce qui est fait pendant la deuxième guerre et une réponse à ce qui s’est passé pendant la guerre mais dans un certain sens c’est une suite logique.
Certains historiens parlent d’une guerre de trente ans prenant la première guerre mondiale jusqu’à la seconde guerre mondiale voulant souligner le lien logique entre ces deux guerres au sein du corridor de l’Europe centrale.
La Tchécoslovaquie à l’issu de la Seconde Guerre Mondiale
Hitler avait intégré Prague et la Bohème dans le troisième Reich tout en donnant une indépendance à la Slovaquie. Après le conflit on retourne à la situation des traités de Paris retournant à la Tchécoslovaquie.
La tension entre la partie slovaque et tchèque reste un enjeu des deux nationalismes. Après le changement de régime à Prague et la démocratisation de la Tchécoslovaquie, les deux parties du pays se scindent en deux États indépendants.
Il y a, toujours encore aujourd’hui, des minorités hongroises en Roumanie et en Slovaquie étant toujours un problème entre ces différents pays. Le droit des minorités reste quelque chose de nerveux : ce sont des événements de longue durée avec des émotions, des représentations imaginaires de ce que devrait être la nation.
Des États « ethniquement » purs en Europe centrale ?
C’est un traumatisme et la mémoire de ces traumatismes peut durer très longtemps. Dans le cas de l’Europe centrale cela est plus ou moins résolu. Après la phase des années 1940, la politique internationale, les organisations internationales et le droit international sont revenus sur ces questions déclarant les déplacements forcés de crime.
Pour la première fois en Europe, les rêves nationalistes ont été plus ou moins réalisés : on arrive à une population homogène.
Toutefois les coûts ne s’oublient pas, ils restent dans la mémoire nationale.
- Pologne : environ 95% de catholique polonais.
- Tchécoslovaquie : 94% de populations tchèque ou slovaque (seulement 2/3 en 1938).
- Ukraine : essentiellement ukrainienne pour la première fois de son histoire.
- Hongrie : le pays est devenu plus homogène dans les frontières nationales et avec les échanges de populations il y a eu des délocalisations de populations tandis que d’autres ont été éliminés durant la deuxième guerre par des génocides notamment en ce qui concernait les juifs hongrois et les tziganes permettant d’arriver à quelque chose de plus « pur ».
- Entre 1949 et 1987 encore, 1,4 millions de germanophones émigrent de l’Est y compris de l’Unions Soviétique pour aller s’installer en République Fédérale Allemande.
Dans chaque groupe il y a la mémoire de traumatismes et de ceux qui ont causés ces changements, ces pertes et ces sacrifices. L’amitié des peuples n’a pas été beaucoup soutenue pendant cette partie de l’histoire.
