« Géographie de l’industrie cinématographique » : différence entre les versions

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== Définition ==
== Définition ==
L’industrie culturelle et septième art font assez mauvais ménage. Parler d'industrie à propos du cinéma va faire hurler les plus cinéphiles, le cinéma n’est pas une industrie mais c'est un art. Pour André Malraux, le cinéma est aussi une industrie. Le cinéma est aussi une industrie, ce n’est pas que seulement un septième art, c’est aussi une marchandise, la production cinématographique est aussi une industrie très lourd, ce n’est pas de l'artisanat mais on est dans du très collectif car il y a des milliers de personnes impliquées. L’investissement est très lourd pour faire un film. Par exemple, ce qui fait que la l'industrie cinématographique américaine survie est qu'elle produit des films très cher. Les grands succès mondiaux du box-office qui remplissent les caisses Hollywood régulièrement représentent des sommes hors normes coûtant des centaines de millions de dollars. Derrière le cinéma, il y a des grands financiers, des banques et des assureurs. Pendant longtemps et encore aujourd'hui, le nœud de l'industrie cinématographique est la production. C'est une marchandise, un film se vend comme une marchandise avec des campagnes de pub et du marketing mais aussi avec beaucoup de produits dérivés. Il n’y a rien d'absurde de parler d'industrie à propos du film et ce n'est pas dévaloriser le cinéma.
Il y a l’idée que l’industrie et la culture sont deux choses qui ne vont pas ensemble. Peut-être que, au contraire, ce qui caractérise les mutations récentes de l'économie de nos société est que cela va très bien ensemble.
Le ministère canadien de l’industrie propose la définition suivante de l’industrie culturelle : « Établissements dont l'activité principale consiste à produire et distribuer (sauf par des méthodes propres au commerce de gros et de détail) des produits d'information et des produits culturels tels que des œuvres écrites, des œuvres musicales, des interprétations enregistrées, des dramatiques enregistrées, des logiciels et des bases de données. Sont également inclus les établissements qui offrent les moyens de transmettre ou de distribuer ces produits ou qui offrent un accès à du matériel et à de l'expertise pour traiter les données. [...] Les principales composantes de ce secteur sont l'édition (sauf l'édition exclusivement sur Internet), y compris l'édition de logiciels, les industries du film et de l'enregistrement sonore, la radiotélévision (sauf la radiotélévision exclusivement sur Internet), les industries de l'édition et de la radiotélévision sur Internet, les télécommunications, les fournisseurs de services Internet, les portails de recherche sur le Web, le traitement des données et les services d'information ». C'est une définition un peu restrictive de l’industrie culturelle et qui ne donne pas le noyau dur de ce que sont les industries culturelles.
On va définir comme un bien culturel un bien qui possède une forte composante symbolique. Une industrie culturelle est une industrie qui fabrique des biens dont la composante symbolique est essentielle. Une industrie culturelle qui fabrique des biens utilitaires ne sera pas une industrie culturelle. Le même produit, une chaussure, peut être le fruit d'une industrie pas du tout culturelle ou peut être un bien parfaitement symbolique et donc le produit d’une d'industrie culturelle.
Il est très difficile de dire que d'un côté il aurait des biens symboliques et de l'autre côté des biens utilitaires, c’est un continuum car dans tous les biens, il y a une composante symbolique et une composante utilitaire mais il y a des biens qui ont une composante utilitaire très faible et d’autres qui ont une composante utilitaire très importante. Un bien culturel est un bien où la composante symbolique est plus importante que la composante utilitaire, c'est un bien qui est essentiellement un signe. La part du symbolique dans les biens de consommation est de plus en plus importante. On achète de moins en moins de biens utilitaire et de plus en plus de biens symboliques. Plus exactement, dans les biens qu'on achète, la part du symbolique est de plus en plus importante. Aujourd'hui, dans les biens qu’on achète, il y a énormément de design, énormément de distinction, énormément de signification, de signes et de symboles et donc la production industrielle est de moins en moins utilitaires de plus en plus symbolique ce qui fait que la production industrielle est de moins en moins utilitaire et de plus en plus symbolique. C’est aussi le passage du fordisme au postfordiste avec la notion de sur-mesure de masse.
Les économies dans les pays riches sont dématérialisées et avec l'essor d'internet et de nouvelles économies, les produits vendus sont de moins en moins des produits fabriqués avec de la matière est de plus en plus des produits fabriqués avec de l'information. La dématérialisation de l'économie fait qu'on est arrivé au fait que le livre s'est débarrassé de la matière. Il y a une vraie mutation économique et une vraie dématérialisation de l'économie qui s'opère. À partir des années 1980, on assiste à une marchandisation de la culture. Des secteurs de la culture sont devenus des marchandises alors qu'ils ne l'étaient pas avant. Le paradoxal est que cette industrie culturelle fonctionne beaucoup sur l’information mais elle ne s’est pas débarrassée de l'espace pour autant. Ce mystère a beaucoup occupé la géographie économique et notamment les géographes de l'école de Los Angeles.
Dans la baie de San Francisco, au sud de San Francisco, autour de l'Université de Stanford, se trouve la Silicon Valley. « Silicon » renvoie à « silicium » qui fait partie des matériaux servant à fabriquer des puces avec circuit imprimé. La Silicon Valley est l'endroit où les ordinateurs personnels et les logiciels ont été inventés, c’est donc l'endroit d'où est partie cette révolution et cette nouvelle économie. C’est un espace très restreint sur quelques dizaines de kilomètres lié directement à la présence de l’Université de Stanford. C'est un district industriel où est concentrés l'activité informatique. Pourquoi elle est resté localisée ici alors que si il y a quelque chose qui s’est bien dégagé des contraintes de localisation est l'économie d’internet. C'est un district industriel comme celui du cinéma. C’est un mystère que ces formes de localisation paradoxale d’industries culturelles que cette géographie économique cherche à expliquer.
On peut avoir une acception restrictive de la définition de l'industrie culturelle où l’industrie culturelle est centrée sur l'information. C’est sans doute aujourd'hui la principale source de revenus, de richesse et d'exportation États-Unis.
On peut avoir une définition de l’industrie culturelle où la valeur symbolique est essentielle dans les biens qui sont fabriqués. Cela va inclure plein de choses ayant trait à la mode, au patrimoine ou encore au cinéma. Lesfilms n'ont pas de fonction utilitaire et, même aujourd'hui, ils n’ont pas de dimension matérielle. Si le produit est dématérialisé, cela ne veut pas dire que la production est dématérialisée.


== Caractéristiques ==
== Caractéristiques ==
Il semblerait qu’il y ait une contradiction de base entre l'industrie et la culture, entre la logique industrielle et logique culturelle. L'industrie serait presque un « gros mot » alors que la culture serait un mot tellement « noble ». Le premier à en avoir parlé est Adorno dans Dialektik der Aufklärungpublié en 1947. Dans l’optique de cette contradiction, comment caractériser les industries culturelles ?
Il y a bien l’idée de la création, ce sont bien des industries qui sont créatives et qui sont créatives de nouveauté ou créative de contenu. À la base de toute industrie culturelle, il y a un créateur, des créateurs, ou quelque chose de l’ordre de la création. On n’est jamais dans la reproduction complète. Il faut une différence de contenu, donc, il faut forcement une nouvelle idée. Faire deux fois le même film, ce n'est pas possible. Ce qui fait qu'on va voir un film, est qu’il est nouveau, c'est qu’il est différent. Néanmoins, pour certains historiens, le fait que les films actuelles s’inscrivent dans la déclinaison d’épisodes serait le signe d’un épuisement et même peut être la fin du cinéma. L’incapacité en ce moment de Hollywood à avoir de nouveaux films, et le fait qu’il y a tellement de films qu'on recommence serait le signe que le cinéma est un mode culturel terminé.
Dans l'industrie culturelle, il aura toujours une tension entre la nouveauté et un produit qui rompt avec les codes en vigueur. Un produit culturel est un produit qui tient à une idée. Il n’y a rien de plus facile que de copier. Les industries culturelles sont des industries appelées « copyright-based » fondées sur le droit d’auteur. Il y a un énorme problème juridique qui est qu’il est très facile de dupliquer un produit, de le pirater et de le vendre étant un énorme souci pour l'industrie, la musique, le cinéma et dans une moindre mesure, la littérature. Si il y a de plus en plus de piratage, donc il y aura de moins en moins de revenus et de droits d’auteurs. Tout l’enjeu est de produire de nouvelles idées et garantir la propriété de l’idée. Il y a l’idée de secret. Il est arrivé à plusieurs reprises que des producteurs concurrents sortent le même film au même moment. Un enjeu est d’éviter d’être copié et l’autre est la recherche d'originalité.
Les biens culturels sont des biens d’expérience, c’est-à-dire qu’il est très difficile de savoir à l'avance si une réalisation va se vendre. Il est compliqué de prédire le succès d’un film. On ne peut pas savoir si une idée va plaire. On est dans un paradoxe. La certitude du succès se font sur ce qui s’est passé dans le passé. Il est dans la nature même du bien culturel qu’on ne peut pas savoir à l'avance si il va marcher. Ce qui compense est l'expériencecomme c’est le cas d’un grand producteur. C'est une question d'intuition et d'expérience qui consiste à repérer un bon scénario ou à repérer un bon acteur. Il y a une extrême difficulté dans le fait que les seuls films qui marchent rapportent des millions de dollars mais ce sont des films très chers. Généralement, dans l'industrie, il y a un rapport entre le coût de production et le prix de vente, plus le coût de production est élevé et plus le prix de vente est élevé, et puis, il y a un rapport entre le prix de vente et les quantités vendues.
Il y a un phénomène de déconnexion entre les coûts de fabrication, les prix de vente et les quantités. Une autre idée importante est l'obsolescence qui est le fait que les produits culturels sont des produits très rapidement obsolètes. La durée de vie d'un film, d’une musique ou encore d'un livre est très limitée. La seule façon de pérenniser un produit est de le décliner. Une autre caractéristique est que ce sont des biens qui ont une dimension technologique très importante. Les industries culturelles ont souvent une structure de production duelle opposant d'un côté des énormes groupes en situation oligopolistique et de l'autre côté, des franges de petits producteurs. On dit que c'est une structure oligopolistique à franges. Il y a quelques grands producteurs cinématographiques qui font l'essentiel du business et puis il y a toute une série de centaines de petits producteurs indépendants. Ces petits producteurs à la frange assurent le fonctionnement du système, sa souplesse et souvent c’est de là que vient l'innovation. Une grande firme a beaucoup de mal à innover par définition. Le petit producteur indépendant, le petit atelier est davantage avec une spontanéité, de souplesse et donc souvent la nouveauté est de la frange. C’est pourquoi la structure économique dans la vie culturelle est une structure oligopolistique à frange.
C'est un secteur en pleine expansion économique dont la production ne cesse d'augmenter et dont les profits ne cessent d'augmenter. Cela est devenu une source de revenus majeurs pour bon nombre d'économies. Le cinéma est devenu une source de revenus majeure et donc pour beaucoup de pays le cinéma est devenu la source de revenus.
Ce tableau donne en dollars constants la valeur des exportations de films et de bandes enregistrées par les États-Unis entre 1986 et 2000. En 14 ans, on est passé de 1,6 milliards à 8 milliards, c'est-à-dire que cela a été multiplié par presque quatre. Les revenus engrangés par la vente de l’industrie culturelle ont quadruplé depuis les années 1980.
Ce schéma montre l'évolution de la masse salariale du nombre de personnes employées dans l'audiovisuel et dans les agences de presse en France entre les années 1970 et les années 2000. On est passé 100 à quasiment 200. Cela signifie que la masse salariale et les employés des secteurs audiovisuels ont doublé dans la période. On est face à une industrie qui véritablement explose, prend de plus en plus de place, emploie de plus en plus de personnes et suscite de plus en plus de profits.


= Une production très concentrée =
= Une production très concentrée =

Version du 21 février 2015 à 12:55

Il s'est produit un tournant dans la géographie économique depuis quelques années qui amène à s'interroger sur certaines formes de distribution de l'activité économique ou plus exactement sur une forme de concentration de l'activité économique. Il y a trois éléments à mettre en place au début pour expliquer ce changement dans l'agence économique :

  • le tournant socioculturel : c’est l’idée que des géographes qui expliquaient l'économique par des raisonnements très économiques dont les exemples sont les fameux modèles de localisation de Weber, Von Thünen et Christaller qui en viennent à expliquer les localisations des activités économiques par des motifs culturels ou plus anthropologie ou plus sociologique. La concentration d'activités cinématographique aux États-Unis, en général à Los Angeles, en particulier et à Hollywood, est un très bel exemple de ce phénomène. Dans les explications économiques traditionnelles, on expliquait comment les usines se localisaient pour minimiser le coût du transport des matières premières, or, pour le cinéma cela ne marche pas de la même manière.
  • une économie dématérialisée et post-fordiste : la raison pour laquelle une telle part de l'industrie cinématographique mondiale est localisée à Hollywood n’a pas de rapport avec les coûts de transport. Quelque chose d'autre entre en jeu qui a à voir avec le culturel, le politique ou le social. Ce tournant s‘explique par le fait qu’on est face à une économique qui est largement dématérialisée avec l’idée à la manipulation symbole dans les pays riches. La plupart de la richesse que l'on fabrique dans les pays développés, la plupart de la croissance est fondée sur quelque chose qui n'est plus matériel et une partie de production est de type postfordiste. Ce sont des modes de production et des produits nouveaux.
  • les districts industriels et SPL : tout ceci ne s'est pas traduit par une disparition de la géographie. Ce n’est pas parce que l'économie s’est dématérialisée qu’elle s’est débarrassée des contraintes géographiques. Au contraire, on a vu émerger assez récemment, depuis une trentaine d'années, ce qu'on appelait des systèmes de production localisée, on parle également de districts industriels. Beaucoup ont été repérés en Italie du nord, en France, en Allemagne ou encore en Angleterre. Un exemple assez spectaculaire de districts industriels est la concentration de l'industrie cinématographique à Los Angeles.

Les géographes ou les économistes qui ont théorisés ce phénomène du district industriel et de concentration spatiale d'une activité économique sont des géographes de UCLA à savoir Allan Scott et Mickeal Storper qui ont publiés des livres qui théorisent ce phénomène très récent de concentration et qui, en particulier, ont produit des livres sur Hollywood et sur le fonctionnement géographique de cette entité curieuse qui est la concentration de la production cinématographique à l'échelle mondiale dans un quartier d'une grande ville. Ce tournant correspond à la fois à de nouveaux objets qui apparaissent et que les géographies économiques regardent avec perplexité mais également de nouvelles théories qui sont conçues pour expliquer l'émergence de nouveaux objets.

La distance reste l'élément essentiel renvoyant au problème du coût de franchissement de la distance. Dans les modèles classiques qui expliquaient la localisation des activités économiques que ce soit l'agriculture avec Von Thünen, l'industrie avec Weber ou les services avec Christaller, on expliquait que les localisations des entreprises ou des activités économiques avaient pour but de minimiser les coûts de transport. Une façon d'augmenter les profits était de diminuer les coûts de production notamment les coûts de transports et la localisation permettait de se mettre là où les coûts de transport totaux étaient les plus faible. La question des coûts de transports était très importante dans des économies très matérielles, dans les économies qui manipulaient beaucoup d'objets. On pourrait imaginer que dans le cas d'une économie dématérialisée où on produit sans objets, cela n’a plus d'importance et du coup on pourrait se mettre n'importe où, on s’est libéré de la contrainte de l’espace. Il y a un coût à l’agglomération parce que le foncier est très cher, il y a de la pollution, des embouteillages. Il serait bien plus raisonnable de s’installer dans des alpages où le prix de l’immobilier est moins cher, où on est moins encombré par des voisins. Si ce phénomène ne s’est pas produit, c'est que la distance continue à être un problème même dans le cadre d'une économie dématérialisée. Pourtant, on sait très bien, avec un coût quasiment nul, faire circuler de façon quasi instantanée des informations en quantité gigantesque.

Le problème est de deux ordres :

  • il est vrai que l'on a fait énormément de progrès dans le transport de l'information. C'est une révolution dans les transports, la dernière évolution des transports est internet qui permet de faire circuler des produits dématérialisés et d'échanger des informations. En même temps, l'économie s'est mise à produire des biens dont le contenu en information est de plus en plus important et des biens pour la production desquels, il est nécessaire d'avoir de plus en plus d'informations. L’information nécessaire est produite par l'économiste a explosée. Il y a trente ans ou quarante ans, on arrivait à produire sans avoir besoin de beaucoup d'informations et les produits qu'on fabriquait contenaient peu d'informations. Maintenant, pour produire, on a besoin d'énormément d'informations et les produits fabriqués contiennent énormément d'informations. Peut-être que la révolution des transports a permis d'améliorer beaucoup la circulation de l'information mais cette amélioration n'est pas à la mesure de l’explosion de la quantité d'informations qui circulent et cela continue à être un problème.
  • Internet, le téléphone, le fax, etc. sont très efficaces pour faire circuler de l'information simple mais pas de l'information complexe, pas de l’informations sensible, pas d'information très qualitative et pas une sorte d'information qui circule beaucoup par communication interpersonnelle qui sont des signaux non discursives et de l’échange et de la réciprocité. L'industrie dématérialisée et le cinéma en particulier consomment énormément d'informations très complexes et très sensibles qu’on a beaucoup de mal à transporter. La seule façon de transporter cette information est en fait de transporter les gens qui la détiennent. Il y a une sorte paradoxe qui est intéressant étant qu’alors que l'économie se dématérialise, alors qu’on pourrait penser aller s‘installer en campagne, on reste bloqué à payer des loyers abracadabrantesques à Genève, à Paris ou à Los Angeles. Hollywood est un exemple caricatural de ce paradoxe qui est la difficulté du transport de l’information si elle est massive et complexe.

Commence ce petit quartier de Los Angeles, à savoir Hollywood, devient non seulement la capitale ou une capitale mondiale du cinéma mais aussi le synonyme même du septième art ?


Les industries culturelles

Définition

L’industrie culturelle et septième art font assez mauvais ménage. Parler d'industrie à propos du cinéma va faire hurler les plus cinéphiles, le cinéma n’est pas une industrie mais c'est un art. Pour André Malraux, le cinéma est aussi une industrie. Le cinéma est aussi une industrie, ce n’est pas que seulement un septième art, c’est aussi une marchandise, la production cinématographique est aussi une industrie très lourd, ce n’est pas de l'artisanat mais on est dans du très collectif car il y a des milliers de personnes impliquées. L’investissement est très lourd pour faire un film. Par exemple, ce qui fait que la l'industrie cinématographique américaine survie est qu'elle produit des films très cher. Les grands succès mondiaux du box-office qui remplissent les caisses Hollywood régulièrement représentent des sommes hors normes coûtant des centaines de millions de dollars. Derrière le cinéma, il y a des grands financiers, des banques et des assureurs. Pendant longtemps et encore aujourd'hui, le nœud de l'industrie cinématographique est la production. C'est une marchandise, un film se vend comme une marchandise avec des campagnes de pub et du marketing mais aussi avec beaucoup de produits dérivés. Il n’y a rien d'absurde de parler d'industrie à propos du film et ce n'est pas dévaloriser le cinéma.

Il y a l’idée que l’industrie et la culture sont deux choses qui ne vont pas ensemble. Peut-être que, au contraire, ce qui caractérise les mutations récentes de l'économie de nos société est que cela va très bien ensemble.

Le ministère canadien de l’industrie propose la définition suivante de l’industrie culturelle : « Établissements dont l'activité principale consiste à produire et distribuer (sauf par des méthodes propres au commerce de gros et de détail) des produits d'information et des produits culturels tels que des œuvres écrites, des œuvres musicales, des interprétations enregistrées, des dramatiques enregistrées, des logiciels et des bases de données. Sont également inclus les établissements qui offrent les moyens de transmettre ou de distribuer ces produits ou qui offrent un accès à du matériel et à de l'expertise pour traiter les données. [...] Les principales composantes de ce secteur sont l'édition (sauf l'édition exclusivement sur Internet), y compris l'édition de logiciels, les industries du film et de l'enregistrement sonore, la radiotélévision (sauf la radiotélévision exclusivement sur Internet), les industries de l'édition et de la radiotélévision sur Internet, les télécommunications, les fournisseurs de services Internet, les portails de recherche sur le Web, le traitement des données et les services d'information ». C'est une définition un peu restrictive de l’industrie culturelle et qui ne donne pas le noyau dur de ce que sont les industries culturelles.

On va définir comme un bien culturel un bien qui possède une forte composante symbolique. Une industrie culturelle est une industrie qui fabrique des biens dont la composante symbolique est essentielle. Une industrie culturelle qui fabrique des biens utilitaires ne sera pas une industrie culturelle. Le même produit, une chaussure, peut être le fruit d'une industrie pas du tout culturelle ou peut être un bien parfaitement symbolique et donc le produit d’une d'industrie culturelle.

Il est très difficile de dire que d'un côté il aurait des biens symboliques et de l'autre côté des biens utilitaires, c’est un continuum car dans tous les biens, il y a une composante symbolique et une composante utilitaire mais il y a des biens qui ont une composante utilitaire très faible et d’autres qui ont une composante utilitaire très importante. Un bien culturel est un bien où la composante symbolique est plus importante que la composante utilitaire, c'est un bien qui est essentiellement un signe. La part du symbolique dans les biens de consommation est de plus en plus importante. On achète de moins en moins de biens utilitaire et de plus en plus de biens symboliques. Plus exactement, dans les biens qu'on achète, la part du symbolique est de plus en plus importante. Aujourd'hui, dans les biens qu’on achète, il y a énormément de design, énormément de distinction, énormément de signification, de signes et de symboles et donc la production industrielle est de moins en moins utilitaires de plus en plus symbolique ce qui fait que la production industrielle est de moins en moins utilitaire et de plus en plus symbolique. C’est aussi le passage du fordisme au postfordiste avec la notion de sur-mesure de masse.

Les économies dans les pays riches sont dématérialisées et avec l'essor d'internet et de nouvelles économies, les produits vendus sont de moins en moins des produits fabriqués avec de la matière est de plus en plus des produits fabriqués avec de l'information. La dématérialisation de l'économie fait qu'on est arrivé au fait que le livre s'est débarrassé de la matière. Il y a une vraie mutation économique et une vraie dématérialisation de l'économie qui s'opère. À partir des années 1980, on assiste à une marchandisation de la culture. Des secteurs de la culture sont devenus des marchandises alors qu'ils ne l'étaient pas avant. Le paradoxal est que cette industrie culturelle fonctionne beaucoup sur l’information mais elle ne s’est pas débarrassée de l'espace pour autant. Ce mystère a beaucoup occupé la géographie économique et notamment les géographes de l'école de Los Angeles.

Dans la baie de San Francisco, au sud de San Francisco, autour de l'Université de Stanford, se trouve la Silicon Valley. « Silicon » renvoie à « silicium » qui fait partie des matériaux servant à fabriquer des puces avec circuit imprimé. La Silicon Valley est l'endroit où les ordinateurs personnels et les logiciels ont été inventés, c’est donc l'endroit d'où est partie cette révolution et cette nouvelle économie. C’est un espace très restreint sur quelques dizaines de kilomètres lié directement à la présence de l’Université de Stanford. C'est un district industriel où est concentrés l'activité informatique. Pourquoi elle est resté localisée ici alors que si il y a quelque chose qui s’est bien dégagé des contraintes de localisation est l'économie d’internet. C'est un district industriel comme celui du cinéma. C’est un mystère que ces formes de localisation paradoxale d’industries culturelles que cette géographie économique cherche à expliquer.

On peut avoir une acception restrictive de la définition de l'industrie culturelle où l’industrie culturelle est centrée sur l'information. C’est sans doute aujourd'hui la principale source de revenus, de richesse et d'exportation États-Unis.

On peut avoir une définition de l’industrie culturelle où la valeur symbolique est essentielle dans les biens qui sont fabriqués. Cela va inclure plein de choses ayant trait à la mode, au patrimoine ou encore au cinéma. Lesfilms n'ont pas de fonction utilitaire et, même aujourd'hui, ils n’ont pas de dimension matérielle. Si le produit est dématérialisé, cela ne veut pas dire que la production est dématérialisée.

Caractéristiques

Il semblerait qu’il y ait une contradiction de base entre l'industrie et la culture, entre la logique industrielle et logique culturelle. L'industrie serait presque un « gros mot » alors que la culture serait un mot tellement « noble ». Le premier à en avoir parlé est Adorno dans Dialektik der Aufklärungpublié en 1947. Dans l’optique de cette contradiction, comment caractériser les industries culturelles ?

Il y a bien l’idée de la création, ce sont bien des industries qui sont créatives et qui sont créatives de nouveauté ou créative de contenu. À la base de toute industrie culturelle, il y a un créateur, des créateurs, ou quelque chose de l’ordre de la création. On n’est jamais dans la reproduction complète. Il faut une différence de contenu, donc, il faut forcement une nouvelle idée. Faire deux fois le même film, ce n'est pas possible. Ce qui fait qu'on va voir un film, est qu’il est nouveau, c'est qu’il est différent. Néanmoins, pour certains historiens, le fait que les films actuelles s’inscrivent dans la déclinaison d’épisodes serait le signe d’un épuisement et même peut être la fin du cinéma. L’incapacité en ce moment de Hollywood à avoir de nouveaux films, et le fait qu’il y a tellement de films qu'on recommence serait le signe que le cinéma est un mode culturel terminé.

Dans l'industrie culturelle, il aura toujours une tension entre la nouveauté et un produit qui rompt avec les codes en vigueur. Un produit culturel est un produit qui tient à une idée. Il n’y a rien de plus facile que de copier. Les industries culturelles sont des industries appelées « copyright-based » fondées sur le droit d’auteur. Il y a un énorme problème juridique qui est qu’il est très facile de dupliquer un produit, de le pirater et de le vendre étant un énorme souci pour l'industrie, la musique, le cinéma et dans une moindre mesure, la littérature. Si il y a de plus en plus de piratage, donc il y aura de moins en moins de revenus et de droits d’auteurs. Tout l’enjeu est de produire de nouvelles idées et garantir la propriété de l’idée. Il y a l’idée de secret. Il est arrivé à plusieurs reprises que des producteurs concurrents sortent le même film au même moment. Un enjeu est d’éviter d’être copié et l’autre est la recherche d'originalité.

Les biens culturels sont des biens d’expérience, c’est-à-dire qu’il est très difficile de savoir à l'avance si une réalisation va se vendre. Il est compliqué de prédire le succès d’un film. On ne peut pas savoir si une idée va plaire. On est dans un paradoxe. La certitude du succès se font sur ce qui s’est passé dans le passé. Il est dans la nature même du bien culturel qu’on ne peut pas savoir à l'avance si il va marcher. Ce qui compense est l'expériencecomme c’est le cas d’un grand producteur. C'est une question d'intuition et d'expérience qui consiste à repérer un bon scénario ou à repérer un bon acteur. Il y a une extrême difficulté dans le fait que les seuls films qui marchent rapportent des millions de dollars mais ce sont des films très chers. Généralement, dans l'industrie, il y a un rapport entre le coût de production et le prix de vente, plus le coût de production est élevé et plus le prix de vente est élevé, et puis, il y a un rapport entre le prix de vente et les quantités vendues.

Il y a un phénomène de déconnexion entre les coûts de fabrication, les prix de vente et les quantités. Une autre idée importante est l'obsolescence qui est le fait que les produits culturels sont des produits très rapidement obsolètes. La durée de vie d'un film, d’une musique ou encore d'un livre est très limitée. La seule façon de pérenniser un produit est de le décliner. Une autre caractéristique est que ce sont des biens qui ont une dimension technologique très importante. Les industries culturelles ont souvent une structure de production duelle opposant d'un côté des énormes groupes en situation oligopolistique et de l'autre côté, des franges de petits producteurs. On dit que c'est une structure oligopolistique à franges. Il y a quelques grands producteurs cinématographiques qui font l'essentiel du business et puis il y a toute une série de centaines de petits producteurs indépendants. Ces petits producteurs à la frange assurent le fonctionnement du système, sa souplesse et souvent c’est de là que vient l'innovation. Une grande firme a beaucoup de mal à innover par définition. Le petit producteur indépendant, le petit atelier est davantage avec une spontanéité, de souplesse et donc souvent la nouveauté est de la frange. C’est pourquoi la structure économique dans la vie culturelle est une structure oligopolistique à frange.

C'est un secteur en pleine expansion économique dont la production ne cesse d'augmenter et dont les profits ne cessent d'augmenter. Cela est devenu une source de revenus majeurs pour bon nombre d'économies. Le cinéma est devenu une source de revenus majeure et donc pour beaucoup de pays le cinéma est devenu la source de revenus.

Ce tableau donne en dollars constants la valeur des exportations de films et de bandes enregistrées par les États-Unis entre 1986 et 2000. En 14 ans, on est passé de 1,6 milliards à 8 milliards, c'est-à-dire que cela a été multiplié par presque quatre. Les revenus engrangés par la vente de l’industrie culturelle ont quadruplé depuis les années 1980.

Ce schéma montre l'évolution de la masse salariale du nombre de personnes employées dans l'audiovisuel et dans les agences de presse en France entre les années 1970 et les années 2000. On est passé 100 à quasiment 200. Cela signifie que la masse salariale et les employés des secteurs audiovisuels ont doublé dans la période. On est face à une industrie qui véritablement explose, prend de plus en plus de place, emploie de plus en plus de personnes et suscite de plus en plus de profits.

Une production très concentrée

À l’échelle mondiale

Les Majors

Hollywood et autres SPL du cinéma

Une distribution polarisée

Références


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