L’action humanitaire après la Deuxième guerre mondiale
La situation humanitaire suite au deuxième conflit mondial
Renouveau organisationnel de l’action humanitaire
Le renouveau juridique et des pratiques de l’action humanitaire
Essor et limites de l’action humanitaire en guerre
Naissance de Médecins sans frontières (1971)
La guerre du Biafra a provoqué aussi la naissance d’une nouvelle ONG qui est Médecins sans frontières et cela représente aussi pour cette raison là une césure importante dans l’histoire de l’humanitaire.
Donc, le contexte général et la naissance du tiers-mondisme, de la gauche, de l’anticolonialisme ou chrétien ou l’année 1968, la mobilisation générale des sociétés. Donc, la naissance du MSF est un peu une innovation comme Amnesty International le présentait pour les droits de l’homme. Parce qu’auparavant, il y avait des organisations pour les droits de l’homme mais il n’avait pas la même efficacité et il n’avait pas adressé un public général.
Médecins sans frontières s’entend comme une organisation humanitaire révolutionnaire et militante refusant de se soumettre aux convention interétatiques de Genève, à la sacrosainte souveraineté étatique. Donc, d’une certaine manière il y a une volonté de révolution dans le domaine de l’humanitaire. On s’en fout du CICR qui respecte toujours paraît-il la souveraineté étatique, qui se soumettent d’une certaine manière aux États.
Donc, ça c’est l’idée d’origine peut être aussi projeté rétroactivement sur la naissance de Médecins sans frontières. La réalité est beaucoup plus hybride n’est-ce pas. Parce que d’abord, la doctrine MSF n’était pas tout à fait clairement établie au début mais évolue plutôt dans le cadre des guerres civiles sans règles où MSF s’engage. Ce qu’on peut dire aussi est qu’il y a un accent plus fort mis sur l’éthique médicale que sur l’éthique philanthropique ou juridique que représente le CICR. Donc, l’éthique médical, c’est le serment d’hypocrite qui stipule que le médecin à un devoir d’aider à la personne en détresse, à la personne malade ou blessé. Donc, c’est le médecin qui est un peu plus au centre de médecins sans frontières que dans le cadre du CICR où il y a le diplomate humanitaire, le juriste humanitaire qui négocie le comportement selon les principes humanitaires des conventions de Genève. Et, ce devoir du médecin à aider est interpréter de plus en plus rigoureusement comme un droit et un devoir d’ingérence. Donc, si on pose la question d’où vient le discours actuel sur le droit d’ingérence, cela vient de Médecins sans frontières, c’est eux qui avait développé le discours d’un droit d’ingérence pour des raisons humanitaires à partir des années 1970 et des années 1980. Et puis, ça arrive ne fin de compte à l’ONU où il y a le droit de protéger selon Kofi Annan à partir des années 2000.
Donc, le devoir d’ingérence évidemment est plus haut comme norme étique que la souveraineté étatique. Donc MSF met en question la souveraineté étatique et sur le plan théorique au moins, cette organisation veut dépasser d’une certaine manière le système international avec sa structure basée sur la souveraineté étatique.
Pourquoi la guerre du Biafra a formé l’arrière-plan de la naissance de Médecins sans frontières ? Parce que il y a eu des médecins français mis à disposition du CICR par la Croix Rouge française au Biafra qui sympathisaient très fortement avec les biafrais et ils avaient vécu en tant que délégué médecin sur place l’absence de l’envoie des denrées alimentaires et des médicaments et des antibiotiques par le CICR. Ils avaient expérimenté dans le terrain une relative avance d’action du CICR. L’incapacité de livrer les besoins pour les biafrais. Donc, il y a eu une certaine méfiance qui s’est développé dans le cadre des médecins français à l’encontre du CICR. Tout cela avait déjà pendant la guerre du Biafra mené à des déclarations publiques lorsque les docteurs français comme Bernard Kouchner par exemple qui avait fait des déclarations de presse, il avait signé des articles dans le monde condamnant l’action du gouvernement nigérien en fait pas en termes très forts mais il a laissé entendre ce qui se passe au Biafra, il a laissé entendre qu’il était désatisfait de l’insuffisance des livraisons humanitaires qui arrivaient au Biafra. Donc, il a pris position dans le public. Dans la hiérarchie et dans la logique du CICR, la dénonciation est le dernier instrument, d’abord c’est la coopération avec les États qui est le principe de base. La dénonciation suit uniquement comme dernière mesure, s’il n’y a aucune autre possibilité pour obtenir des résultats positifs pour les victimes.
Donc, il y a eu une certaine polarisation rétroactive entre l’attitude des médecins français et le CICR par rapport à la guerre du Biafra qui cependant ne correspond pas tout à fait à la réalité parce que le CICR avait déjà à l’époque aussi pris position dans le contexte de la guerre du Biafra et de plus le CICR n’était jamais intervenu pour interdire les médecins français de prendre position dans la presse. Mais disons que c’est le mythe fondateur de médecins sans frontières qu’il faut témoigner s’il y a des violations massives de la dignité humaine par les acteurs belligérants lors d’un conflit.