Le concept de Moyen-Orient

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Le Moyen-Orient, région aux multiples facettes, s'étend de l'Égypte à l'Iran, englobant des pays comme Israël, la Jordanie, le Liban, la Syrie, l'Irak, l'Arabie saoudite et d'autres. Géographiquement, cette région agit comme un pont entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, dotée d'une position stratégique qui a façonné son histoire et sa politique. Elle est le berceau de civilisations anciennes et de trois religions monothéistes majeures : le judaïsme, le christianisme et l'islam, influençant profondément sa culture et ses traditions. Historiquement, le Moyen-Orient a été le centre de puissants empires, tels que l'Empire ottoman, qui a régné jusqu'à sa chute après la Première Guerre mondiale, et l'Empire perse, connu pour sa richesse culturelle et scientifique. La région a vu naître des personnalités influentes telles que Saladin au XIIe siècle, figure emblématique de la résistance face aux Croisés, ou encore plus récemment, Gamal Abdel Nasser, leader de l'Égypte et figure centrale du nationalisme arabe au XXe siècle.

Le Moyen-Orient a également été un terrain majeur de conflits géopolitiques, influencé par la colonisation européenne et les intérêts des puissances mondiales dans ses ressources naturelles, principalement le pétrole. Les accords Sykes-Picot de 1916, qui ont redéfini les frontières de la région après la chute de l'Empire ottoman, sont un exemple frappant de l'influence occidentale sur la configuration politique du Moyen-Orient. Cette période a également marqué le début de la question palestinienne, qui reste un sujet de conflit majeur. Au niveau économique, la découverte et l'exploitation du pétrole ont radicalement transformé certains pays du Moyen-Orient, comme l'Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, en puissances économiques régionales. Cependant, cette richesse n'est pas uniformément répartie et a été une source de tensions internes et externes. La région a été témoin de mouvements sociaux importants, comme le Printemps arabe en 2011, qui a déclenché une série de soulèvements populaires exigeant des réformes démocratiques. Ces événements ont mis en lumière les défis auxquels sont confrontées de nombreuses sociétés du Moyen-Orient, tels que la corruption, le chômage, et la répression politique. En termes théoriques, les analyses en science politique et en histoire du Moyen-Orient intègrent souvent des concepts tels que le colonialisme, le nationalisme, le panarabisme, et plus récemment, les études sur le terrorisme et le fondamentalisme religieux. Ces concepts aident à comprendre les dynamiques complexes de la région.

Le Moyen-Orient d'aujourd'hui reste une région en mutation, naviguant entre tradition et modernité, et continue de jouer un rôle central sur la scène mondiale, influençant la politique, l'économie et la culture bien au-delà de ses frontières.

Le concept de Moyen-Orient

La notion de « Moyen-Orient » est en effet étroitement liée à une perspective européenne et reflète la manière dont les puissances occidentales ont historiquement envisagé et catégorisé cette région. Le terme a été popularisé pour la première fois en 1902 par Alfred Thayer Mahan, un stratège naval américain influent, dans le contexte d'un article qui abordait les enjeux stratégiques liés à l'Inde et à l'océan Indien.

Mahan utilisait ce terme pour désigner une zone géographique stratégique pour les intérêts navals et commerciaux, en particulier en ce qui concerne la route vers l'Inde, une colonie britannique cruciale à l'époque. La région du "Moyen-Orient" selon Mahan incluait des territoires allant de l'Empire ottoman à l'ouest, jusqu'à la frontière ouest de l'Inde, englobant ainsi le Golfe Persique et d'autres zones clés pour le contrôle maritime et commercial. Cette conceptualisation du Moyen-Orient est emblématique de l'approche eurocentrique qui a prévalu dans l'analyse géopolitique au début du XXe siècle. Elle reflète la vision des puissances coloniales, qui voyaient cette région principalement à travers le prisme de leurs propres intérêts stratégiques et économiques. Cette perspective a façonné non seulement la manière dont le Moyen-Orient a été compris et représenté dans les discours occidentaux, mais aussi la façon dont les frontières et les structures politiques de la région ont été établies, notamment après la chute de l'Empire ottoman et la fin de la Première Guerre mondiale.

L'expression « Middle East » (Moyen-Orient) a été utilisée bien avant Alfred Thayer Mahan, bien que sa popularisation soit souvent attribuée à ce dernier. Sir Thomas Edward Gordon, un officier et diplomate britannique, aurait effectivement utilisé le terme « Middle East » dès 1842. Cependant, cette utilisation précoce n'a pas eu le même impact ni la même résonance que celle de Mahan dans les cercles géopolitiques et académiques. L'emploi de Gordon du terme « Middle East » peut être considéré comme une indication précoce de la façon dont les puissances européennes commençaient à conceptualiser et à définir cette région dans le cadre de leurs intérêts impériaux et stratégiques. Toutefois, c'est l'article de Mahan publié en 1902 qui a véritablement contribué à ancrer ce terme dans le langage géopolitique moderne. Mahan, en se concentrant sur l'importance de la région pour le contrôle des voies maritimes et l'accès aux ressources, a donné au terme une dimension stratégique qui a résonné avec les intérêts et les préoccupations des puissances occidentales de l'époque. Cette différence dans l'impact et la diffusion des deux utilisations illustre comment certaines idées ou concepts gagnent en influence en fonction du contexte historique et géopolitique dans lequel ils sont employés. Alors que l'utilisation de Gordon est restée relativement obscure, celle de Mahan est intervenue à un moment où les enjeux stratégiques du Moyen-Orient commençaient à être de plus en plus reconnus par les puissances occidentales, ce qui a contribué à la popularisation et à la pérennisation du terme.

Valentine Chirol, un journaliste et commentateur influent en matière de politique étrangère, ajoute une perspective intéressante à l'histoire du concept de "Moyen-Orient". Chirol, travaillant au "Times" de Londres (et non au "New York Times"), a joué un rôle clé dans la popularisation et la diffusion de ce terme au début du XXe siècle. Valentine Chirol, en tant que correspondant et plus tard comme chef du département des affaires étrangères au "Times", a écrit de nombreux articles et ouvrages influents sur la politique internationale, et ses écrits ont souvent abordé la région que nous appelons aujourd'hui le Moyen-Orient. Ses analyses étaient particulièrement axées sur les dynamiques géopolitiques, notamment sur ce qu'on appelait le "Great Game" - la rivalité stratégique entre l'Empire britannique et l'Empire russe pour le contrôle de l'Asie centrale.

Bien que Chirol n'ait pas défini de manière rigoureuse les frontières géographiques du Moyen-Orient, ses écrits ont contribué à façonner la compréhension occidentale de la région comme un espace stratégique crucial, notamment en lien avec les intérêts britanniques et russes en Asie centrale. Cette focalisation sur le "Great Game" a mis en lumière l'importance de la région non seulement pour son potentiel économique (notamment les ressources en pétrole), mais aussi pour son rôle dans les équilibres de pouvoir géopolitiques. En effet, la contribution de Chirol à la discussion sur le Moyen-Orient s'inscrit dans un contexte plus large de rivalités impériales et de redéfinition des sphères d'influence, qui a marqué la politique internationale à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Ses écrits ont ainsi aidé à établir le Moyen-Orient comme un concept clé dans le discours géopolitique occidental, bien que la définition exacte et les limites de la région aient continué à évoluer au fil du temps.

La conceptualisation du "Moyen-Orient" en tant que région distincte

La zone intermédiaire entre le "Far East" et le "Near East" est donc entendue comme le "Middle East".

D’autres éléments contribuent au succès de ce nouveau concept, tel que la WWI :

La WWI, les mandats

 Disparition du Near East : Car l’empire ottoman perd ses territoires des Balkans et les rivalités autour de ces territoires, on procède à la balkanisation en émergence de nouveaux Etats. Alors Near East disparait.

 L’extension du Middle East vers l’occident :

La WWI permet. La région couverte par cette notion de s’élargir. (av : autour de l’Inde, ap : extension vers l’ouest) mais surtout une utilisation officielle de la notion de Middle East. Les Britanniques vont organiser des rencontres, des échanges et des conférences, avec notamment la création de comités =>  Premières utilisations officielles : - Middle East Committee, 1917 - Middle East Department, 1921 créer par Churchill pour gérer les territoires de la Grande-Bretagne - Middle East Conference, 1921 pour gérer les territoires gagnés par la France et la Grande-Bretagne

Middle East, Near East et Grand Moyen-Orient

À la fin de la Première Guerre mondiale, des mandats vont être distribués aux Anglais, alors basés en Inde. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, tous les combats ayant eu lieu dans les Balkans, en Afrique, etc. sont appelés "du Middle East", le terme de "Near East" disparaît. L'arrivée des Américains sur le territoire avec le développement d'un "Middle East Institute" renforce le concept (et est la promesse d’un intérêt grandissant pour cette région). Avec la guerre froide, on voit apparaître le "Grand Moyen-Orient" (du Sahara occidental jusqu'à l'Inde, en allant jusqu'à l'Éthiopie).

Malgré la popularisation du terme, Winston Churchill regrette cette prolifération qui ne désigne pas la même étendue. À l'ONU, on parle de "Western Asia". D'un autre côté, les anciennes appellations n'ont pas disparu : le Maghreb, le Machrek, l'Anatolie, la Mésopotamie (jusqu'en 1921), le croissant fertile …

Annexes

Références