L’Éthique du Libéralisme : Vers une Morale de la Coopération
Chapitre 5. Ethique du libéralisme Immanuel Kant (Essai sur la paix perpétuelle, 1795): "articles définitifs en vue de la paix perpétuelle": (1) "constitution […] républicaine; (2) "fédération d'Etats libres"; (3) "hospitalité universelle".
LECTURES [Kant; Canto-Sperber&Ogien; McElroy; Viotti&Kauppi II; Allan; MacLeod&O'Meara]
5.1. Le conséquentialisme (1ère théorie morale)
► Conséquentialisme: on juge une action selon ses conséquences présumées par le preneur de décision = "la [ bonne ! ] fin justifie les moyens" (cf. Weber: "éthique de la responsabilité" → "verantwortungsethisch") – bonne foi – soin pris pour prendre la décision – a priori et non a posteriori => on ne juge pas selon les conséquences réelles, mais selon les conséquences présumées (car hasard, accident, facteurs non prévisibles) → "procès d'intention" – cf. conséquentialisme des actes vs. conséquentialisme des règles
Utilitarisme (= hédonisme éthique conséquentialiste; influence la théorie micro-économique)
Jeremy Bentham (1789):
– "Utility, or the Greatest Happiness Principle, holds that actions are right in proportion as they tend to promote happiness, wrong as they tend to promote the reverse of happiness."
– "Each person is to count for one, nobody for more than one."
= axiome du plus grand plaisir/bonheur du plus grand nombre, de la moins grande souffrance, du moins grand mal, de nuire le moins possible
– développement utilitarisme: John Stuart Mill 1863; Peter Singer 2002
● exemples RI: réalisme politique; marxisme-globalisme; libéralisme
5.2. Le kantianisme (2e théorie morale)
► Ethique du devoir, déontologie (= éthique kantienne): on "fait bien" = on juge une action selon des règles éthiques absolues, et non en fonction des conséquences de l'acte (cf. Weber: "éthique de la conviction", ") (cf. Kant 1785, 1795; John Rawls 1971, 1999)
Immanuel Kant, arguments de cohérence: "Et si tout le monde faisait comme toi ?" => impératif catégorique:
"Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle."
"Agis de façon telle que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans tout autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen."
– éthique de la réciprocité ("Golden Rule")
● exemples RI: droits de l'homme; libéralisme
5.3. L'éthique de la vertu (3e théorie morale)
► Ethique de la vertu: on juge une personne du point de vue de son caractère moral (et non seulement une décision/action particulière) (cf. Aristote; Alasdair McIntyre 1981)
– 4 vertus cardinales des grecs: sagesse, courage, modération, justice
– vertus chrétiennes cardinales: la foi, l'espoir, la charité et l'amour
– autres vertus éminentes: honnêteté, agrément, prévenance, indulgence, pardon, cohérence, tolérance, modestie, etc.
● exemples RI: démocraties sont pacifiques; constructivisme ('bonnes identités')
5.4. Doctrine de la guerre juste
N.B.: les doctrines d'éthique appliquée utilisent souvent plus d'une théorie morale, comme par exemple la doctrine de la guerre juste (principalement déontologique, mais également conséquentialiste)
► Quand a-t-on le droit de recourir au moyen de la guerre? Le jus ad bellum
(cf. Walzer 1977)
cause juste: – auto-défense contre l'agression (= violation souveraineté politique et/ou intégrité territoriale), pour la restauration de la paix – aider l'agressé – intervention humanitaire du fait d'actes qui choquent la conscience de l'humanité (violations graves et massives des droits de l'homme) → "Responsibility to Protect ('R2P')"
autorité légitime: guerre déclarée et menée par l'autorité appropriée
bonne intention: bonne foi, la cause juste est bien la raison (principale)
dernier recours: pour éviter le pire
chances raisonnables de succès: guerre non futile
(macro-)proportionnalité: calcul (grossier) coûts&bénéfices de la guerre
N.B. ► si chacune de ces 6 conditions est respectée => jus ad bellum
sinon, pas de guerre juste !
► Quelles règles de la justice doit-on appliquer durant la guerre? Le jus in bello
(micro-)proportionnalité
immunité des non-combattants (contre le massacre des innocents), discrimi-nation entre combattants (cibles légitimes) et tous les autres
● Doctrine du double effet (= 1. sauver sa vie + ce faisant, 2. tuer l'agresseur) origine: Saint Thomas d'Aquin (13e) = auto-défense violente admissible; cf. "dommages collatéraux" = victimes civiles); conditions: – on a le droit de faire qqch – l'agent recherche le bien (ex. efficacité militaire) et non le mal – le mal n'est pas un moyen pour obtenir le bien – le bien ≥ le mal + Walzer (1977): 'due care' (l'agent prend + de risques pour lui-même)
N.B. ► si chacune de ces 2 conditions est respectée => jus in bello
sinon, pas de guerre juste !
En résumé:
– une guerre juste requiert donc toutes les 8 conditions
– la charge de leur preuve devant toujours être apportée par/pour la partie 'juste'
– une partie au plus peut mener une guerre juste ad bellum
– chaque partie doit mener une guerre juste in bello